Les jeux vidéo chinois : une nouvelle source de soft power pour Pékin ?
En quelques années, le jeu vidéo est devenu bien plus qu’un simple divertissement. Il représente aujourd’hui un secteur économique majeur et un espace d’expression culturelle à part entière. Alors que cette industrie gagne en puissance, certains États y voient un outil d’influence : la Chine, en particulier, en a fait un levier stratégique.
Le jeu vidéo est l’une des premières « industries culturelles et créatives » (ICC), définies par l’Unesco. Ces ICC regroupent les industries de la création, de la production et de la commercialisation de contenus culturels et immatériels (on parle parfois de « consommation d’expérience »). Les plus connues sont l’édition imprimée, le multimédia, la production cinématographique, audiovisuelle et phonographique, mais aussi l’artisanat et le design.
En pleine expansion, les ICC sont devenues un enjeu économique majeur. Et puisqu’elles sont aussi un moyen de diffusion de la culture des pays dont elles sont issues, elles suscitent donc un intérêt accru de la part des États.
Le phénomène touche tous les continents. Le jeu vidéo a récemment pris une place centrale dans le paysage des ICC, son poids économique étant désormais supérieur à celui du cinéma et de la musique. La Chine occupe une place singulière dans ce secteur, de plus en plus suivi par les autorités.
Un marché en plein essor où la Chine tient une place à part
L’industrie vidéoludique était estimée à 81,5 milliards de dollars (70 milliards d’euros) en 2014 au niveau mondial (à comparer au chiffre d’affaires de l’industrie cinématographique mondiale, proche de 40 milliards aujourd’hui). Aujourd’hui, elle est estimée à 189 milliards de dollars (163 milliards d’euros).
Voici une présentation des revenus estimés par pays en 2025, d’après les rapports annuels de l’Entertainment Software Association :
Dans certains pays, les revenus issus de l’industrie vidéoludique ont été multipliés par cinq (aux États-Unis, ils sont passés de 9,5 milliards de dollars en 2007 à près de 50 milliards aujourd’hui). L’évolution des consoles, des ordinateurs et des smartphones a, en effet, offert des possibilités diversifiées et démultiplié le potentiel des jeux vidéo.
Si en 2016, les États-Unis étaient en tête avec des revenus de 46,4 milliards de dollars devant la Chine (44 milliards) et le Japon (19 milliards), la situation a changé avec l’explosion du nombre de joueurs. En raison de sa population importante, la Chine est passée en tête, creusant l’écart entre elle et les autres pays. Néanmoins, la population ne fait pas tout : l’Inde, par exemple, ne figure pas dans le Top 10.
Si l’on rapporte les revenus au nombre de joueurs, le Japon est en tête avec 237 dollars par joueur, devant les États-Unis (221 dollars), loin devant la France (102 dollars) et la Chine (74 dollars).
Parallèlement, les performances à l’international des jeux développés en Chine sont de plus en plus importantes, avec 22 milliards de dollars (plus de 19 milliards d’euros) de revenus générés en 2025, principalement via les jeux sur smartphone : 33 éditeurs chinois sont classés dans le Top 100 mondial. L’intelligence artificielle vient accélérer le........
