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Comment notre société impose le silence autour des agressions sexuelles sur les enfants

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14.09.2026

Comment notre société impose le silence autour des agressions sexuelles sur les enfants

Plus de la moitié des victimes n'évoquent pour la première fois les agressions subies durant leur enfance qu'une fois devenues adultes. De l'emprise psychologique au rôle des institutions et des familles, analyse des mécanismes d'une «silenciation» subie et structurée.

Temps de lecture: 8 minutes

Par Thierry Baubet, Théo Mouhoud

14 septembre 2026 à 19h55

Des travaux publiés en 2025 dans la revue médicale The Lancet estimaient que, sur la période 1990-2023, 18,9 % des filles et 14,8 % des garçons dans le monde avaient été victimes de violences sexuelles avant l'âge de 18 ans. En France, selon une étude de 2022, cette situation concernerait 14,5 % des femmes et 6,4 % des hommes.

D'autres travaux académiques révèlent quant à eux que les délais moyens avant un premier dévoilement varient entre 3 ans et 18 ans, et que plus de la moitié des victimes se confient pour la première fois à l'âge adulte. Il ne s'agit donc plus de savoir si le dévoilement est retardé –il l'est, massivement–; mais de comprendre pourquoi la plupart des victimes de violences sexuelles ne parlent pas, ou pas avant un certain temps.

Le dévoilement n'est pas un acte ponctuel, mais un processus complexe

Avant tout, précisons que si l'expression «abus sexuel», traduction de child sexual abuse (CSA), capture bien la dimension de confiance trahie et de pouvoir exercé, il n'exprime pas, en français, la notion de maltraitance. Aujourd'hui, un abus désigne surtout un usage excessif ou détourné.

Pour cette raison, nous lui préférons ici le terme de «violences sexuelles sur enfant», qui intègre la notion d'atteinte à l'intégrité physique et psychologique. Cela permet de souligner que, dans les contextes étudiés (familiaux et parafamiliaux), ces violences impliquent systématiquement un abus de confiance et d'autorité.

Qu'est-ce que le contexte parafamilial? Les violences sexuelles sur enfant surviennent le plus souvent au sein de la famille et aussi très fréquemment dans ce que la recherche appelle les contextes parafamiliaux. Il s'agit de situations impliquant des personnes connues de la famille, qui ont souvent une relation de proximité, de confiance et d'autorité avec l'enfant. Ces contextes sont particulièrement propices au silence: l'agresseur y bénéficie souvent d'une légitimité sociale et institutionnelle ainsi que d'une proximité affective qui floutent les frontières entre protection et agression. Ce contexte rend la reconnaissance des violences sexuelles plus difficile et complique le dévoilement.

Comment les auteurs de violences sexuelles sur des enfants justifient-ils leurs actes? Deux chercheuses ont tenté de comprendre

Selon la littérature scientifique, le dévoilement des violences sexuelles n'est pas un acte ou un évènement isolé, mais un processus progressif, complexe, relationnel, non linéaire, qui dépend simultanément de plusieurs facteurs psychologiques, familiaux, sociaux, culturels et institutionnels. Il peut être partiel, différé, rétracté, puis repris des années plus tard.

Le disclosure process, processus par lequel une victime révèle des violences sexuelles qu'elle a subies, est un champ de recherche à part entière depuis les années 1980 dans la littérature scientifique anglo-saxonne. En français, le terme disclosure se traduit par «dévoilement», «révélation» ou «divulgation». Ces trois mots ont en commun de placer la charge de l'action sur la victime: c'est elle qui doit lever le secret, rompre le silence et parler.

Dans la littérature francophone spécialisée, c'est le premier terme de cette liste, «dévoilement», qui s'est imposé (notamment au Québec, où ce champ est étudié depuis plusieurs décennies). C'est également celui retenu........

© Slate