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Blocage du détroit d'Ormuz: l'industrie européenne pourrait payer un prix élevé

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06.03.2026

Blocage du détroit d'Ormuz: l'industrie européenne pourrait payer un prix élevé

Patrice Geoffron – 6 mars 2026 à 19h55

Les frappes américano-israéliennes sur l'Iran et la réaction de ce dernier sur le détroit d'Ormuz déstabilisent profondément le Moyen-Orient, mais aussi l'économie mondiale. Que sait-on de l'impact économique que pourrait avoir le blocage de ce point-clé du trafic d'énergie et de matières premières?

Temps de lecture: 8 minutes

Dès l'amorce des frappes américano-israéliennes sur l'Iran le 28 février 2026, les grands armateurs mondiaux ont suspendu leurs opérations dans le détroit d'Ormuz, passage essentiel du commerce international, d'hydrocarbures en premier lieu. Dans un tel contexte, vue d'Europe, la question centrale n'est pas réellement de savoir si une pénurie de pétrole ou de gaz s'annonce à court terme (à la différence de la crise énergétique de 2022, au début de la guerre en Ukraine), mais de comprendre comment un choc de prix, une désorganisation logistique et une rupture d'approvisionnement en intrants se propagent dans le tissu industriel. Et, au sein d'une Europe convalescente, dans quelle mesure cette nouvelle crise révèle une vulnérabilité que les politiques conduites depuis 2022 n'auraient fait que déplacer géographiquement, sans les réduire structurellement.

Des précédents au détroit d'Ormuz

La menace de fermeture du détroit d'Ormuz prend racine dans les chocs des années 1970, lorsque l'embargo de 1973 révèle avec brutalité que le contrôle des routes énergétiques confère un pouvoir considérable, à un moment où la dépendance extérieure pétrolière des Européens atteignait 97%. Le second choc pétrolier de 1979 renforce cette prise de conscience: l'Iran, devenant République islamique, dispose d'un levier exceptionnel, avec la rive nord du détroit d'Ormuz, désormais point de friction structurel dans la géopolitique de l'énergie.

Carte du détroit d'Ormuz. Resserré et peu profond, il relie le golfe Persique au golfe d'Oman et constitue un point de passage clé pour le commerce mondial de pétrole. | Sylvie Husson, Valentina Breschi, Omar Kamal, Nalini Lepetit-Chella / AFP

La guerre Iran-Irak (1980-1988) transforme le détroit en théâtre d'opérations. Durant la «guerre des tankers», les deux belligérants attaquent les navires pour affaiblir l'ennemi et tenter d'internationaliser le conflit. La réponse américaine pose le principe d'une sécurisation du détroit d'Ormuz comme intérêt de premier rang: Washington déploiera, dès lors, une flotte pour garantir la liberté de navigation.

Dans les décennies suivantes, la fermeture du détroit devient un instrument récurrent de la diplomatie iranienne de crise –pour les négociations nucléaires, comme levier face aux sanctions… En 2011, des exercices navals iraniens dans le détroit d'Ormuz suffisent à faire monter les primes d'assurance et à déclencher le déploiement d'une flottille occidentale en réaction. En 2019, deux pétroliers attaqués dans le golfe d'Oman produisent des effets équivalents. Même lors de la guerre israélo-iranienne de juin 2025, Téhéran avait finalement renoncé à fermer le détroit, en partie sous la pression de la Chine, dont la moitié des importations pétrolières transitent par ce même passage.

Une tension permanente

Cet historique révèle une tension permanente: fermer le détroit d'Ormuz est une arme à usage effectif autolimitant, parce que l'Iran en paierait lui-même le prix économique et diplomatique. Mais la situation de mars 2026 modifie le calcul: acculé, le régime peut percevoir la fermeture du détroit comme un dernier levier de dissuasion, plutôt que comme un acte suicidaire.

L'Agence internationale........

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