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Bioterrorisme : comment l’IA facilite la création de virus dangereux

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31.08.2026

Le génie génétique est sorti de sa lampe depuis déjà un certain temps. Fin 2023, deux étudiants travaillant sous la supervision du FBI au Media Lab du MIT, allaient commander des fragments d’un virus auprès de 38 entreprises spécialisées dans la synthèse d’ADN. Et pas n’importe lequel : le virus de la grippe dite « espagnole » de 1918, responsable de l’une des pandémies les plus meurtrières de l’Histoire, avec environ 50 millions de morts dans le monde. Des commandes passées au nom d’une organisation qui ne menait aucune expérience en laboratoire, pour une livraison à une adresse dépourvue de toute installation de ce type – deux signaux qui auraient dû suffire à éveiller les soupçons. Et pour masquer la nature de leur entreprise, les étudiants n’ont eu besoin que de stratagèmes élémentaires.

Sur les 38 entreprises sollicitées, 36 ont pourtant expédié les fragments. Une seule a exigé une preuve d’autorisation en matière de biosécurité. Toutes les autres – dont douze des treize membres de l’International Gene Synthesis Consortium, l’organisme d’autorégulation de l’industrie en matière de biosécurité – ont envoyé le matériel sans poser de questions. Les étudiants ont ensuite démontré qu’avec des techniques courantes de biologie synthétique, ces fragments pouvaient être assemblés pour reconstituer un virus infectieux identique à celui de 1918, qui s’était propagé parmi les soldats de la Première Guerre mondiale et avait fait bien plus de morts que les combats eux-mêmes.

Cette expérience, menée par Kevin Esvelt, spécialiste de la biosécurité au MIT, avec ses étudiants Rey Edison et Shay Toner, met en lumière une menace très concrète : les connaissances et les infrastructures nécessaires à la conception d’un agent pathogène capable de provoquer une pandémie, autrefois réservées à une poignée d’institutions militaires et civiles de pointe, deviennent peu à peu accessibles à un cercle beaucoup plus large. Et l’intelligence artificielle accélère encore ce mouvement, sans que les pouvoirs publics aient, pour l’heure, trouvé la parade.

Une chaîne d’approvisionnement pensée pour la science, pas pour la sécurité

Pour comprendre où se situe la faille, il faut voir comment fonctionne aujourd’hui la recherche en biologie. Lorsqu’un scientifique a besoin d’un fragment d’ADN ou d’ARN sur mesure, il peut le commander en ligne à une entreprise spécialisée dans la synthèse génétique, un peu comme on commanderait un composant électronique. Le client transmet la séquence génétique souhaitée ; les machines de l’entreprise la synthétisent chimiquement, puis l’expédient en quelques jours. Le coût se compte en quelques centimes par paire de bases. Cette technologie a profondément transformé la médecine, l’agriculture et la recherche fondamentale.

Cette technologie a créé ce que les spécialistes de la biosécurité appellent un « point d’étranglement » : un maillon où des séquences dangereuses peuvent encore être repérées et bloquées. Les génomes de virus à potentiel pandémique – y compris celui de la souche reconstituée de la grippe de 1918 – sont librement accessibles dans des bases de données publiques, tout comme des protocoles permettant de produire un virus infectieux à partir d’ADN synthétique. En pratique, le dernier obstacle tient donc à une question : l’entreprise chargée de synthétiser la commande comprend-elle ce qu’on lui demande de fabriquer ?

Depuis 2009, nombre de prestataires, parmi les principaux, vérifient volontairement les commandes en les comparant à des........

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