Trump, el Libertador? Quelle farce!
Pas besoin d’envoyer des bombes sur Cuba pour le moment, comme Israël le fait avec Gaza. Il suffit de couper tout approvisionnement en pétrole pour faire tomber le réseau électrique, l’approvisionnement en eau, les transports, la production de nourriture et de biens essentiels, le tourisme en général... et le gouvernement. C’est propre et ça ne cause pas trop de dégâts apparents, pas de ruines ni de décombres où chercher ses morts, pas de scènes désolantes avec des mères en pleurs transportant le corps éventré de leurs enfants. Ça émeut moins l’opinion publique. Ce n’est pas beau à voir à la télévision, des corps d’enfants mutilés par des bombes... Ça fait mauvaise presse. Tandis qu’en coupant le robinet, c’est silencieux, ça ne se voit ni ne s’entend. C’est magique.
Après, on a beau jeu ensuite d’accuser le gouvernement d’incompétence, de mauvaise gestion, de socialisme ringard, de communisme athée. S’il manque d’électricité, c’est de sa faute ; s’il manque de pétrole, c’est de sa faute ; s’il manque de nourriture, c’est de sa faute ; s’il manque de médicaments pour soigner les malades, c’est de sa faute. Si les prix de la nourriture (viande, riz, haricots, légumes, œufs, pain, lait, etc.) flambent, c’est de sa faute.
Après, on aura beau jeu de proposer de tout arranger sur l’île. De se présenter en fanfaron innocent qui va sauver la veuve et l’orphelin, pourvu que celui qui gouverne la maison cède sa place. On va envoyer des « missions amicales » qui vont patcher les plus que soixante ans de blocus commercial et financier. On va tout passer au Spic and Span pour qu’il n’y ait plus de traces de ce gouvernement qui a libéré l’île de la dictature de Batista, qui a alphabétisé sa population en moins d’un an, qui a redonné sa dignité à un peuple fier en combattant le racisme, en instaurant un système de soins de santé universel et gratuit tout en soignant d’autres populations dans le besoin un peu partout dans le monde, au Timor oriental comme en Équateur, qui a inspiré tant de gouvernements progressistes en Amérique latine surtout, mais aussi en Afrique. Ah ! Et qui a aussi contribué à la fin de l’apartheid et à la libération de Nelson Mandela en Afrique du Sud. Des détails insignifiants aux yeux de l’empire qui n’a jamais fait son deuil de l’île perdue.
Vous imaginez un peu la prospérité ? Les touristes états-uniens vont affluer de nouveau par milliers à Varadero, l’une des dix plus belles plages au monde, dans des installations hôtelières qui n’ont rien à envier à la République dominicaine ou au Mexique. Ou dans les nombreux cayos, sur des plages de sable blanc à l’infini. Et pourquoi ne pas construire, tant qu’à y être, un ou deux ou trois McDo, Burger King et Poulet Frit Kentucky ici et là pour nourrir tous ces touristes et aussi ces Cubains qui en ont été privés par les méchants communistes au pouvoir pendant tout ce temps, les pauvres. Vous imaginez le Malecón, le front de mer de La Havane, avec quelques bannières lumineuses de ces fast-foods emblématiques de la culture MAGA ? Les Cubains s’y précipiteraient à coup sûr, sans parler des touristes états-uniens qui arriveraient par milliers des bateaux de croisière accostés dans le port pendant une journée ou deux.
Et puis, la cerise sur le sundae: la construction d’un Walt Disney World tropical à La Havane ! Pourquoi pas ? Mickey Mouse, Minnie Mouse, Donald Duck. Dingo, Pluto, la Fée Clochette et tous les autres personnages si typiques de la culture états-unienne qui ont fait rêver des millions d’enfants à travers le monde, enfin accessibles aux enfants cubains qui avaient jusqu’à maintenant été privés de ces modèles si inspirants. Fini le culte des héros et des martyrs de la révolution, de José Marti à Camilo et au Che, en passant par Vilma Espin et Celia Sanchez, qu’on imposait dès les premières années d’école. De l’endoctrinement pur et simple. Place à la modernité. Vive l’American Way of Life!
Trump doit nourrir de fabuleux projets pour Cuba, ça se sent. Vous vous souvenez de son rêve fou de transformer la bande de Gaza en une vaste station balnéaire ? Il semble avoir changé de plan, laissant Israël en faire son champ de ruines. Maintenant, il rêve de Cuba et se voit déjà défiler dans une de ces belles vieilles décapotables américaines roses ou vertes ou bleues le long du front de mer havanais, cheveux au vent, aux côtés de Melania et de son pantin Marco Rubio, quelques années après l’ex-président Obama qui, lui, avait emprunté le même trajet, mais en voiture noire blindée. Et des deux côtés du Malecón, des centaines de Cubains, hommes, femmes, enfants, agitant des petits drapeaux états-uniens. Donald Trump, el Libertador! Quelle farce !
