L’école instruit, socialise et qualifie
En réponse à Pascale Bourgeois,
La lettre de Mme Bourgeois pose une question fondamentale : quelle est la mission de l’école ? Sur un point, nous sommes d’accord : l’instruction est au cœur de cette mission. Cependant, opposer instruction et soutien aux élèves, comme si l’un nuisait à l’autre, repose sur une fausse prémisse.
Le débat ne doit pas porter sur une vision abstraite de l’école « purement scolaire ». Il doit porter sur la réussite réelle des jeunes. La mission du système scolaire ne se limite pas à l’instruction. Elle comporte deux autres volets tout aussi fondamentaux, inscrits dans la Loi sur l’instruction publique : socialiser et qualifier. Ces trois piliers créent un tout inséparable.
Former une personne citoyenne, c’est lui permettre non seulement d’acquérir des savoirs, mais de développer les capacités de juger, d’agir et de s’épanouir de façon autonome dans une société complexe.
C’est précisément pour cette raison que soutenir un élève en difficulté est tout le contraire de l’enfermer dans une identité fragile. C’est lui donner les outils pour avancer. Et ce n’est pas un caprice, c’est un droit garanti ancré dans un principe fondateur de notre système scolaire : l’égalité des chances pour toutes et tous.
Une élève en crise d’anxiété qui quitte la classe avant un examen, un adolescent exposé à la violence ou un enfant dont les troubles d’apprentissage ne sont pas dépistés ne pourront profiter pleinement de l’enseignement si aucun obstacle n’est levé. C’est dans cet objectif que le personnel professionnel de l’éducation œuvre au quotidien.
Soutenir ces jeunes ne détourne pas l’école de sa mission : cela la rend possible.
Chaque année, près de 14 % des élèves québécois quittent l’école sans diplôme ni qualification, ce qui réduit leurs opportunités et nuit à la collectivité. Sans service adapté aux besoins des élèves, ces trajectoires ont un coût humain et économique élevé, évalué à environ 14 milliards de dollars par année pour la société québécoise. Prévenir ces parcours coûte moins cher que d’en gérer les conséquences.
La FPPE défend une école stimulante sur le plan intellectuel et ambitieuse dans sa capacité à accueillir tous les élèves. Ces deux ambitions ne s’opposent pas. Elles se renforcent et font toute la richesse d’un milieu scolaire qui forme réellement les citoyens de demain.
Carolane Desmarais,Psychoéducatrice et présidente de la Fédération du personnel professionnel de l’éducation du Québec (FPPE-CSQ)
