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Dermatologie: l’accès aux soins mis à risque

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12.03.2026

J’ai décidé d’écrire aujourd’hui en tant que présidente de l’association des médecins spécialistes dermatologues du Québec, mais aussi en tant que jeune dermatologue. Je suis témoin de l’abandon forcé de la dermatologie publique. L’accès à ma spécialité se meurt.

Depuis plusieurs années, voire des décennies, les dermatologues se font offrir de moins en moins de place dans les hôpitaux. Bien que certains hôpitaux « affichent » des postes, plusieurs sont de faux postes, ne venant qu’avec un local 1 à 2 journées par semaine ou même aucun local, sans aide, sans matériel adéquat.

Les dermatologues se sont fait sortir des hôpitaux par le gouvernement depuis longtemps.

Conséquemment, les dermatologues ont dû trouver et financer leurs lieux de travail. C’est ce qu’on appelle les cabinets en dermatologie ou les cliniques de dermatologie.

La compensation offerte aux cliniques de dermatologie pour couvrir les frais d’opération, frais que le gouvernement n’a plus eu à payer en sortant les dermatologues des hôpitaux, n’a pas été indexée et est complètement dérisoire pour couvrir les frais d’opération.

Cela force le dermatologue à couvrir la différence, différence qui augmente à chaque année, car contrairement à une entreprise normale, nous ne pouvons augmenter nos prix. Nos prix, c’est-à-dire ce que l’assurance publique rembourse pour traiter un patient, enlever un cancer, faire une biopsie, sont gelés par le gouvernement depuis une dizaine d’années.

Cette situation entraîne une conséquence concrète et bien réelle pour les patients : la désaffiliation massive de dermatologues dans les dernières années. Ils quittent le public. Nous sommes la spécialité avec le plus grand pourcentage de médecins en cabinet. Nous sommes la spécialité avec le plus grand pourcentage de médecins au privé. Maintenant 20-25 % des dermatologues du Québec sont au privé. Il reste au Québec 200 dermatologues au public pour 9 millions d’habitants.

Les Québécois se demandent dans cette négociation où est l’accès pour eux, en quoi cette négociation fera-t-elle plus d’accès aux patients ?

Faute de financement, les cabinets de dermatologie vont fermer. Un sondage interne réalisé auprès des dermatologues a révélé que, si rien ne change, 55 % des cliniques de dermatologie considèrent ou ont déjà décidé de fermer. Les régions les plus touchées sont les Laurentides, l’Estrie, Lanaudière, la Montérégie et l’Outaouais. La plus grosse clinique médicale de Laval a déjà fermé ses portes.

Les dermatologues vont quitter la province. La semaine prochaine, un jeune dermatologue surspécialisé qui a rapporté une expertise spécifique, un de deux seuls pour tout le Québec, quitte pour le Nouveau-Brunswick.

Dans le même sondage, 40 % des cabinets qui ne fermeront pas ont décidé de diminuer le nombre de rendez-vous accordés aux patients RAMQ.

Parmi les dermatologues sondés, 31 % vont commencer à se désaffilier temporairement et 15 % vont prendre une retraite précoce.

Catherine Besner Morin

Dermatologue, professeur adjoint à l’Université de Montréal, directrice de la clinique de dermatite de contact allergique et professionnelle du CHUM, dermatologue à la clinique MEDSPE, présidente de l’association des médecins spécialistes dermatologues du Québec.

Jean-Junior Normandin, dermatologue, centre de dermatologie JJN à Montréal

Catherine Tremblay, dermatologue, clinique de dermatologie de Rosemont

Alexandre Laroche, dermatologue, clinique dermatologique de Sherbrooke

Evelyn Alarcon, dermatologue, clinique dermatologique de Sherbrooke

Marc-André Demers, dermatologue, clinique de dermatologie de Granby

Josée Héroux, dermatologue, clinique de dermatologie de Granby

Marie Toscano, dermatologue, DermaVie M.D.

Janie Bertrand, dermatologue, DermaVie M.D.

Magali Beauregard. Dermatologue, Clinique de dermatologie Beauregard

Julie Lecours, dermatologue

Tsz Ting Wan, dermatologue

Julien Riguet, dermatologue

Camille Pennou, dermatologue

Elio Kechichian, dermatologue

Isabelle Durand, dermatologue

Julie Desrochers, dermatologue

Nicolas Martin-Bracciani, dermatologue

Philippe Watson, dermatologue

George Christodoulou, dermatologue


© Le Journal de Montréal