Quel chemin pour la gauche au Québec? Autopsie d’un navire à la dérive
Il arrive que certains projets politiques, nés dans la ferveur, s’étiolent dans les nuances du pouvoir. Qu’un souffle de jeunesse, animé par les idéaux les plus nobles, s’amenuise en tentant de composer avec les compromis du réel. L’annonce du retrait de Gabriel Nadeau-Dubois de la vie politique, prévu pour 2026, marque la fin d’un cycle, mais surtout le constat d’une impasse stratégique pour la gauche québécoise.
Issu du Printemps érable, figure montante d’une génération avide de changement, Gabriel Nadeau-Dubois incarnait cette gauche capable de conjuguer indignation et ambition gouvernementale. Il promettait une synthèse : faire de Québec solidaire un parti de pouvoir sans renier l’éthique militante qui l’avait vu naître. Pourtant, à mesure que le parti s’est rapproché des sphères décisionnelles, la ligne s’est brouillée. En misant sur une posture de « gouvernabilité responsable » et un discours plus tempéré, le parti a fini par désorienter une part non négligeable de sa base électorale.
Certains y ont vu une forme de reddition idéologique. D’autres, un calcul politique mal assumé. Mais tous s’accordent à reconnaître un malaise grandissant : à force de vouloir rassurer, Québec solidaire a cessé de troubler. À force de vouloir élargir, il a cessé de rassembler. Le départ annoncé de son porte-étendard en est le symptôme et illustre une loi tragique et ancienne de l’histoire politique de la gauche : « La Révolution dévore ses enfants. » En faisant le pari d’une ligne plus modérée pour rallier une majorité électorale, Nadeau-Dubois a fini par incarner, bien malgré lui, les frustrations d’un électorat qui rêvait d’amener la rue au Parlement.
Ironie du sort : c’est le Parlement qui a avalé la rue. Car pendant que la gauche doute, le........
