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Le siècle du choix: ultimatum référendaire

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08.03.2026

Nous pouvons éluder la question, la mettre sous le boisseau, feindre qu’elle ne constitue qu’un bruit de fond dans le débat public. Nous pouvons nous concentrer sur la perte de pouvoir d’achat et les tensions sociales immédiates. Nous pouvons soutenir que le temps des grandes affirmations nationales appartient désormais au passé, dissous dans un État que l’on dit postnational, et que l’époque exige avant tout un retour à l’économisme.

Pourtant, l’histoire revient toujours troubler l’apparente tranquillité du présent. Comme le rappelait Raymond Aron, « l’histoire est tragique », elle place les peuples devant des choix qui engagent leur destin et dont l’issue n’est jamais garantie. Elle revient ainsi, obstinée, poser la même interrogation fondamentale. Qui décide pour le Québec ?

En vérité, le XXIe siècle sera celui de l’indépendance du Québec ou de son renoncement. La victoire péquiste à Chicoutimi ne constitue pas une rupture spectaculaire dans l’histoire récente du Québec. Au contraire, la circonscription revient en quelque sorte au bercail. Mais l’essentiel n’est pas là. Ce qui importe, ce sont les signaux qu’envoie le climat politique dans lequel le Québec se trouve depuis quelques années.

La troisième voie caquiste, qui prétendait dépasser l’affrontement traditionnel entre souverainistes et fédéralistes, semble aujourd’hui à bout de souffle. Le bateau coule, le capitaine s’apprête à quitter le pont et ceux qui aspirent à prendre la relève héritent d’un navire privé de gouvernail idéologique. Le pari autonomiste, obtenir davantage sans rompre, atteint ses limites.

À droite, le Parti conservateur d’Éric Duhaime progresse dans les intentions de vote. Par ailleurs, M. Duhaime veut reprendre le drapeau nationaliste des mains du premier ministre pour tenter, à sa manière, d’exiger les mêmes requêtes, mais par le biais d’une coalition autonomiste pancanadienne.

Les passerelles électorales entre la Coalition avenir Québec et les conservateurs sont un réel phénomène observable. Une partie de l’électorat se déplace vers une offre plus tranchée, plus assumée, qui promet que soit fait ce pour quoi ils sont élus. Mais ce socle demeure insuffisant pour former une majorité à l’Assemblée nationale. L’addition des frustrations fiscales et identitaires ne produit pas automatiquement une coalition gouvernable. La droite économique existe et prend de l’ampleur dans tout l’Occident. Cependant, elle ne constitue pas, à elle seule, une matrice majoritaire.

À gauche, le paysage n’est guère plus structurant. Les formations progressistes stagnent ou reculent dans les sondages. Leur discours social conserve sa pertinence, mais il peine à se transformer en projet collectif capable de fédérer un électorat diversifié au-delà de ses bastions. En l’absence d’un récit national rassembleur, la gauche éclaire les fractures sans parvenir à proposer une synthèse mobilisatrice.

Ainsi se dessine une tendance lourde, le retour d’une course à deux. La sempiternelle chicane refait surface, non par nostalgie, mais par nécessité politique. Deux visions de la nation québécoise s’affrontent de nouveau. Deux conceptions de l’avenir institutionnel du Québec se clarifient.

Cette polarisation redonne une cohérence au paysage partisan. Nous entrons peut-être dans une troisième phase référendaire au Québec, un cycle politique structuré par l’idée référendaire. Après 1980 et 1995, après l’hibernation stratégique des décennies suivantes, l’indépendance redevient une hypothèse débattue et surtout prise au sérieux.

Les indices de cette concrétisation sont révélateurs. Que le ministre des Finances du gouvernement du Québec se sente tenu d’intervenir publiquement sur la possibilité d’un référendum n’est pas anodin. Que le premier ministre canadien lui-même aborde la question dans son discours à la citadelle de Québec démontre qu’elle est redevenue une variable stratégique. Elle s’est installée dans l’imaginaire collectif comme une possibilité tangible, suffisamment crédible pour susciter mises en garde, stratégies de mobilisation et repositionnements partisans.

Paul St-Pierre Plamondon a su imposer son thème sur l’échiquier politique. Par conséquent, il a cristallisé un inconscient collectif longtemps refoulé et a replacé au centre du débat la question du pouvoir politique ultime. Où réside ce pouvoir ? Qui l’exerce ?

La remontée du Parti libéral du Québec (PLQ) doit être comprise dans ce contexte. Elle ne procède pas d’un emballement soudain pour un chef fraîchement élu ni de l’adhésion à un programme providentiel, mais plutôt d’un mouvement instinctif de ralliement. À mesure que l’idée référendaire regagne le centre du débat, une part de l’électorat se rallie presque instinctivement à l’option fédéraliste. Le PLQ retrouve ainsi sa vocation première, celle d’armature du camp du Non et de principal bastion contre la rupture.

En octobre 2026, les électeurs ne voteront pas seulement pour un programme social ou économique. Ils voteront pour une trajectoire historique, voire civilisationnelle. La question nationale redevient la question décisive. Est-ce le scénario de la dernière chance pour les indépendantistes ?

Le Québec a, une fois de plus, tenté la stratégie du « beau risque » sous la forme de deux mandats majoritaires caquistes, misant sur une autonomie négociée à l’intérieur du cadre canadien. Hélas, l’expérience a révélé ses limites. Elle a montré combien il est difficile d’élargir durablement les pouvoirs du Québec sans redéfinir son statut politique.

Reste désormais à savoir quelle option le Québec choisira pour les cent prochaines années. Redonner une chance pour rendre compatible un Québec fort dans un Canada uni ou bien trancher le nœud gordien de sa condition politique.

Une parenthèse politique d’une trentaine d’années se referme et la question existentielle du peuple québécois ressurgit. Les peuples, comme les hommes, peuvent longtemps différer leur destin. Mais vient toujours un moment où l’histoire frappe à leur porte et leur rappelle qu’aucune nation n’échappe éternellement au choix d’elle-même.

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