Les coopératives d’habitation, un toit sécuritaire et solidaire
Le contexte socioéconomique actuel, s’il est inquiétant, accélère l’appauvrissement des ménages québécois. Pour en ajouter une couche, le tout se déroule au moment où nous vivons une crise de l’abordabilité sans précédent. Ainsi, non seulement tout coûte plus cher, mais nos capacités d’assurer notre sécurité ont fondu aussi vite que la neige ces derniers jours.
Parmi les victimes les plus touchées par cette hausse marquée du coût de la vie : les femmes. Malgré tous les efforts de notre société, et sans nécessairement crier à l’échec, on peut certainement constater que nous sommes encore loin de l’objectif.
Au lendemain de la Journée internationale des droits des femmes, nous devons espérer mieux pour nos filles, nos mères et nos sœurs de demain. Nous devons tous ensemble, hommes et femmes, nous dresser devant l’obscurité pour ne laisser entrer dans notre société que la lumière.
Fort heureusement, il existe des solutions qui ont fait leurs preuves, et l’une d’elles est les coopératives d’habitation. Au Québec, il en existe près de 1300, où logent quelque 30 000 ménages coopératifs. Et parmi elles, des femmes. Beaucoup de femmes. Des femmes, compétentes, fortes et bienveillantes. Des femmes qui font changer les choses dans leur communauté. Qui donnent du temps sans compter.
Un sondage mené en 2022 auprès de 1200 membres de coopératives du Québec a révélé que 66 % d’entre eux étaient des femmes. La moitié vivent seules, le tiers sont des retraitées et 20 % sont des familles monoparentales.
Les coopératives d’habitation sont pour elles un lieu refuge qui assure leur sécurité, financière bien entendu, mais aussi sociale, puisque ces milieux de vie sont des lieux de résilience, d’entraide et de collaboration. Par ailleurs, les coopératives s’adaptent à leurs membres et certaines ont mis sur pied un CPE pour faciliter l’accès au marché du travail.
Les coops permettent aux femmes de s’émanciper, de s’impliquer dans leur milieu en s’investissant au sein d’un CA ou d’un comité. Une expérience professionnelle et de vie non négligeable.
En somme, les coopératives renforcent leur point d’ancrage de ses membres par un accès à un logement à coût raisonnable et l’accès à un réseau d’entraide.
Dans le contexte actuel, il est frappant de constater que le gouvernement du Québec n’a pas plus d’appétit pour développer des coopératives d’habitation. Dans les officines du pouvoir, on dit qu’on n’a pas les moyens d’en faire plus. Moi, je dis qu’on n’a pas les moyens de ne rien faire.
Pire que de ne rien faire, le gouvernement vise maintenant à nuire aux coopératives d’habitation. En effet, le 11 février, la ministre responsable de l’Habitation, Caroline Proulx, annonçait le projet de loi 20 visant à « favoriser l’accès au logement ». Or, ce dernier n’atteindra pas sa cible. En effet, le problème n’est pas dans les coopératives, mais à l’extérieur. Nous avons besoin que le gouvernement s’engage à amplifier les investissements pour la création de logements sociaux et abordables afin de répondre aux besoins de la population et de lui permettre de sortir du cercle vicieux de la spéculation.
En lieu et place, le gouvernement semble vouloir trouver un bouc émissaire pour porter la responsabilité du manque de logements réellement abordables en s’attaquant aux ménages qui auraient, selon eux, un salaire trop élevé. L’objectif : les inciter à quitter la coopérative. Mais pour aller où ? Retourner sur le marché spéculatif et s’appauvrir davantage ?
Mettons les choses au clair : il n’y a personne de riche qui vit en coopérative. En réalité, si certains membres de coopérative ont un salaire plus élevé, c’est que leurs conditions de vie ont évolué, se sont améliorées. Dans une société comme la nôtre, cela devrait être une bonne nouvelle. Ces femmes évoquées plus haut sont retournées aux études, ont reçu un soutien de leur milieu de vie, ont eu une promotion. Et elles le rendent à leur coopérative en apportant leur expérience, leurs connaissances et leur expertise. Elles sont attachées à leur coop.
Priver les coopératives de ces femmes, de ces membres, c’est affaiblir les coopératives (et le Québec). Priver ces femmes, et ces membres, de coopératives, c’est les forcer à sauter du tremplin dans des eaux tumultueuses remplies de requins.
Ce qui est le plus étonnant dans tout ça, c’est que Mme Proulx est également ministre de la Condition féminine. À ce titre, on se serait attendu à plus de considération pour un outil qui permet de donner aux femmes une voix, et une voie, dans un monde qui n’est pas toujours simple pour elles. Si la ministre s’entête, elle risque d’entraîner un recul important pour de nombreuses femmes et de fragiliser certains acquis. Il est encore temps de reculer pour valoriser les coops et leurs membres plutôt que de les menacer.
Je rêve d’un Québec où la prospérité serait d’abord celle de ses citoyens, pas d’une élite. Je rêve d’un Québec plus juste où les droits des femmes seraient enfin respectés. Je rêve d’un monde coopératif où la solidarité serait le corollaire de l’épanouissement personnel. Ce Québec est à notre portée.
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