Les intellos ont-ils tout faux ?
À peine l’année 2026 entamée, l’actualité rappelle que certaines erreurs intellectuelles ont la vie dure. Face aux crises internationales récentes, les réflexes campistes et le refus du réel ressurgissent avec une constance troublante.
À l’heure où l’on proclame volontiers la faillite des intellectuels, il est tentant de conclure que les idées ont fait plus de mal que de bien. Le XXᵉ siècle, avec ses totalitarismes, ses aveuglements idéologiques et ses compromissions morales, semble fournir à cette thèse un arsenal d’exemples accablants. De l’enthousiasme pour certaines révolutions meurtrières aux silences prolongés sur les crimes commis au nom de l’émancipation, l’histoire intellectuelle récente donne parfois l’impression d’un divorce tragique entre la pensée et le réel.
Ce malaise est ravivé par deux lectures récentes : La saga des intellectuels français, tomes 1 et 2, de François Dosse, puis Pourquoi les intellectuels se trompent de Samuel Fitoussi. En passant de l’un à l’autre, on change de focale. Dosse cherche à comprendre comment les intellectuels ont pensé dans leur temps. Fitoussi s’interroge sur les raisons pour lesquelles ils se sont parfois lourdement trompés.
Chez Dosse, l’intellectuel apparaît comme une figure située, traversée par les conflits, les passions et les désillusions de son époque. Son travail, méticuleux, restitue les contextes, les débats, les rivalités et les revirements. Dosse montre comment certains penseurs ont pu se fourvoyer gravement, mais aussi comment d’autres ont résisté aux dogmes, parfois au prix de leur isolement. Cette contextualisation donne à l’histoire intellectuelle une épaisseur humaine, faite d’erreurs, de doutes et de lucidité retrouvée.
La lecture de Dosse met déjà en........
