Doliprane, Biogaran… Comment l’État brade nos médicaments aux fonds d’investissement
Doliprane, Biogaran… Le gouvernement valide sans ciller la vente d’actifs stratégiques à des fonds d’investissement. Une commission d’enquête se penche enfin sur les risques soulevés et sur le double discours de l’exécutif.
Souvenez-vous, c’était il y a presque six ans, en pleine crise du Covid – une éternité. En visite officielle sur un site de Sanofi, Emmanuel Macron lançait un vibrant hommage à son « cher Paul Hudson », le PDG du groupe, qui avait continué à investir en France pendant la pandémie. Et qui épaulait désormais le chef de l’État dans sa volonté de relocaliser nos médicaments. « On pourra, par exemple, pleinement reproduire, conditionner et distribuer du paracétamol (principe actif du Doliprane) en France, s’enflammait le président. Il nous faut retrouver la capacité à faire cela ! »
C’était le 16 juin 2020. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, des rivières d’argent public aussi… Mais le « cher Paul Hudson » n’a pas tout à fait joué le jeu. Plusieurs millions d’euros ont été investis par l’État pour relocaliser en Isère, dans l’usine de l’entreprise Seqens, la production de paracétamol. Mais la multinationale a décidé de se débarrasser d’Opella, le fabricant du Doliprane, en le revendant à un fonds d’investissement américain, CD & R.
Début 2025, l’État a donné son feu vert. Montant du rachat : 10 milliards d’euros. Une opération financière en contradiction frontale avec la défense de la souveraineté sanitaire chère au chef de l’État. « C’est une marque essentielle de la pharmacopée française sur laquelle nous n’avons plus aucun contrôle, fustige Frédéric Bizard, économiste spécialiste de la santé. Le gâchis est énorme. »
« Cela pose des questions en termes de stratégie industrielle, surenchérit Nathalie Coutinet, autre...
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