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Au‑delà du tourisme : quand l’hospitalité devient un acte de survie

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07.04.2026

Face à la multiplication des crises mondiales, l’hospitalité ne peut plus être pensée uniquement comme un service commercial, mais devient une pratique essentielle de survie, fondée sur l’éthique et la dignité humaine. D’où la nécessité de développer la notion d’« hospitalité humanitaire », exercée par les acteurs de terrain, qui exige des compétences spécifiques (résilience, sens éthique, adaptabilité) et de mettre en place un nouveau modèle éducatif intégrant une « double focale » : prendre soin des populations tout en protégeant la santé mentale et la résilience des aidants.

Nous vivons une époque de ruptures géopolitiques majeures. Avec plus de 120 conflits armés actifs touchant 60 pays, plus de 300 millions de personnes dépendent désormais de l’assistance humanitaire.

Pourtant, les modèles éducatifs en hospitalité — entendus ici comme l’ensemble des approches pédagogiques, des référentiels de compétences et des dispositifs de formation qui structurent l’enseignement de l’hospitalité — restent largement ancrés dans des contextes stables et commerciaux, principalement orientés vers la préparation aux métiers du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration, où l’activité s’inscrit dans des environnements relativement prévisibles et régis par des logiques de service, de satisfaction client et de rentabilité.

Face aux bouleversements en cours, il devient impératif de réviser nos grilles de lecture : dans les zones de crise, l’hospitalité n’est plus un loisir, mais un mécanisme de survie, un acte éthique profond et une forme de solidarité humaine essentielle. Ce déplacement de sens ne relève pas uniquement d’un changement de contexte. Il révèle une limite structurelle dans notre manière de concevoir et d’enseigner l’hospitalité. Cette réflexion s’adresse principalement aux acteurs de la formation en hospitalité et en tourisme, tout en proposant un cadre analytique permettant également d’éclairer les pratiques des acteurs humanitaires et, plus largement, de toute personne amenée à accueillir en contexte de crise.

L’émergence de l’hospitalité humanitaire

Ce changement de paradigme définit ce que El Hajal, Westerlaken, et Losekoot (2026) appellent « l’hospitalité humanitaire » (humanitarian hospitality). Contrairement au secteur marchand, basé sur un échange transactionnel (confort contre rémunération), cette forme d’accueil s’ancre dans le soin éthique et la préservation de la dignité humaine. Elle est prodiguée par des secouristes et bénévoles, comme ceux de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge,........

© The Conversation