Interdiction aux mineurs : "Utilisés correctement, les réseaux sociaux peuvent aussi être des sources d’information"
Beaucoup de promoteurs de l'interdiction des réseaux sociaux aux mineurs paraissent confondre usage des smartphones et recours aux réseaux. Comme les adultes, qu’ils voient faire toute la journée, les adolescents sont collés à leurs smartphones pour divers usages. Il paraît pertinent de les prémunir des risques d’addiction en exigeant le non-recours dans les institutions scolaires, total ou dans des proportions à définir et de faire figurer des messages en ce sens sur les matériels. En ce qui concerne l’usage des réseaux sociaux, la question est plus complexe et mérite un examen approfondi. L’interdiction pourrait bien procéder d’une incapacité à traiter le sujet à fond, d’une facilité, disons-le, un peu paresseuse et aisément populaire.
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Il ne faut pas avoir peur de dire que, correctement utilisés, les réseaux sociaux peuvent aussi être des sources d’information, et bien sûr de communication. La question est de savoir gérer et discerner, et le problème est le même pour le recours à l’intelligence artificielle, largement utilisée par les adolescents y compris en milieu scolaire, avec tous les risques liés aux contenus. Va-t-on leur interdire le recours à l’IA ?
Se prémunir des influences subreptices
Il y a aussi le sujet du harcèlement. Les réseaux sociaux sont impliqués en tant qu’outil d’amplification de comportements. Ceux-ci ne sont-ils pas surtout le fruit d’une grande violence générale dans les rapports sociaux, dont l’exemple est montré aux adolescents par les adultes eux-mêmes ? Le remède serait plutôt de beaucoup mieux identifier, prévenir et sanctionner en amont, dès le harcèlement en classe. Surtout, l’interdiction nous paraît être, dans son principe même, un risque démocratique pour de futurs citoyens qui auront ainsi été habitués dès l’enfance à se voir limiter une liberté, qui plus est d’accès à l’information, et par l’État lui-même. Et ce, à un âge où se forme le futur citoyen responsable, qui normalement devrait au contraire être incité au cours de sa vie à rechercher l’information pour mieux établir son jugement.
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Le vrai sujet est la capacité à se prémunir des influences subreptices véhiculées par les réseaux, sur les comportements et les idées, ainsi que l’uniformisation de la pensée qui en découle. Habituons les jeunes au doute raisonnable, formons plus que jamais leur esprit critique pour leur éviter tout au long de leur vie d’être possiblement manipulés dans un univers d’informations multipliées, en évoluant dans une liberté de penser fondée sur l'analyse, et non sur un étroit chemin bordé d’interdictions. C’est cela la meilleure arme contre le contrôle social, qu’il vienne de l’État ou d’empires privés.
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On pourrait introduire urgemment dans les programmes scolaires quelques notions aidant au discernement, à travers les cours de français ou d’histoire. Certains enseignants et parents s’y emploient déjà. Des outils simples existent, consistant à favoriser le questionnement à partir d'interrogations, incitant à rechercher et comparer des sources et donnant quelques clés pour aider à déceler les fausses informations. C'est un enjeu démocratique. Quant aux contenus, des dispositions légales existent déjà pour sanctionner les contenus illicites. Appliquons-les avec fermeté. Enfin, il n’est pas à la hauteur du sujet de l'aborder selon un prisme politicien, en jugeant les arguments selon ceux qui les portent, ni en caricaturant les positions. Sur une question aussi importante, la rigueur de l’analyse, la nuance et la vision du long terme doivent être de mise.
