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L’imprudence comme dernier luxe de l’édition française

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26.09.2026

À 1 400 pages, le contrôleur de gestion moyen commence généralement à manquer d’air. Jean Le Gall, lui, respire mieux. Fin octobre, Le Cherche Midi, qu’il dirige, publiera en français The Power Broker, le monument de Robert Caro consacré à Robert Moses, l’homme auquel New York doit une bonne partie de sa physionomie et qui aura, plus et mieux que quiconque, incarné ce que « le pouvoir » veut dire.

Quatre millions de signes, 1 400 pages donc, un prix Pulitzer et cinquante ans de réputation internationale. Le genre de machin devant lequel le logiciel ordinaire de l’édition allume toutes ses petites loupiotes rouges et recommande de passer, vite, son chemin. Trop gros, trop cher, trop long, trop risqué. Sauf que c’est, précisément, tout ce qui intéresse – non, exalte – Jean Le Gall, éditeur de l’extrême.

L’homme est arrivé au livre par la fuite. Avocat d’affaires spécialisé dans les fonds d’investissement réglementés, il résume cette première vie d’un délicieux « ennui à rendre l’âme ». « Le cabinet d’avocat, c’était le siège de l’Ennui », explicite-t-il. « Il y a deux types d’ennui. Celui qui est une sorte de douleur, la sensation de gâcher quelque chose, et puis celui qui vous jette dans les bras de Robert Penn Warren, par exemple. » En 2011, après deux ou trois ans à chercher une porte de........

© Le Point