Le réseau scolaire le plus inégalitaire au Canada
Le réseau scolaire québécois est le plus inégalitaire au Canada. Ce constat lapidaire n’est pas celui d’un obscur groupuscule communiste, mais du Conseil supérieur de l’éducation.
Dès 2016, il sonnait l’alarme. Nos écoles dites à trois vitesses – publiques régulières, privées subventionnées et publiques à projets particuliers – nourrissent les inégalités sociales et économiques au lieu de les combattre.
Au public régulier, malgré même le dévouement des enseignants, cette ségrégation scolaire éhontée bousille des milliers de vies de jeunes Québécois et Québécoises.
Au Canada anglais, les écoles sont publiques, plus performantes et favorisent une vraie mixité autant sociale qu’économique.
Au Québec, c’est tout le contraire. Où est passée la promesse sacrée de la Révolution tranquille d’une plus grande égalité des chances en éducation ?
Pour la seule société majoritairement francophone du continent, une telle injustice est un drame. Dans sa dernière entrevue avant son décès, le grand pédagogue et penseur Guy Rocher s’en disait carrément scandalisé.
Depuis longtemps, comme pour le mouvement L’école ensemble, je fais partie des voix qui sonnent cette même alarme. La majeure partie des élus font cependant la sourde oreille.
Élitisme et électoralisme
La raison est une combinaison troublante d’élitisme et d’électoralisme. Primo, pour ses propres enfants, la classe politique tient mordicus aux écoles privées néanmoins grassement subventionnées par tous les Québécois.
Deuxio, tout en négligeant le réseau public sur tous les plans, elle craint aussi de perdre des votes si elle retirait le soi-disant « libre choix » des parents entre le privé et le public, comme s’il s’agissait d’un droit fondamental.
Que ce « libre choix » entrave la mobilité sociale des élèves du public régulier, tout en privant l’ensemble des élèves d’une véritable mixité socio-économique dès l’enfance, ne semble pas les émouvoir.
La Presse rapporte que l’Enquête sur le bien-être des familles québécoises constate en plus, pour la première fois, l’existence de problèmes de santé physique et mentale en montée dans les écoles publiques régulières.
Ces élèves, filles et garçons, « sont plus discriminés, plus intimidés, plus touchés par les problèmes de santé mentale. Ils se sentent moins en sécurité et jouissent d’une moins bonne qualité de vie ». Ce n’est pas un détail.
Des états généraux sur l’éducation
Or, comment se surprendre de voir qu’un réseau ségrégationniste à trois vitesses, en plus de miner l’avenir des élèves du public régulier, met en danger leur santé physique et psychologique ?
À quelques mois de son départ de la politique, le député Gabriel Nadeau-Dubois, dans un livre blanc étoffé présenté mardi, avance aussi que cette ségrégation scolaire « nuit davantage aux garçons ».
En 2008, l’ex-premier ministre Jacques Parizeau, de manière plus large, dénonçait également le « gâchis scolaire » québécois avec ses taux de diplomation inférieurs chez les garçons et les francophones.
Le 5 octobre, les Québécois choisiront un nouveau gouvernement. Le gâchis de l’école à trois vitesses est d’une ampleur telle qu’ils doivent exiger de la classe politique qu’elle s’engage à tenir des états généraux sur l’éducation.
Il en va de l’avenir même de la nation québécoise. Tous ses enfants, actuels et à venir, méritent une véritable égalité des chances.
