Chronique|Brûler le monde Nathalie Plaat
« Incendie en Gironde. La ville d’Andernos évacuée à son tour. » Radio France dans mes oreilles, j’entends les sinistrés de la Gironde raconter la fin du monde, celle que nous avons vue venir, celle que nous avons regardée dans nos téléviseurs, sans broncher, en continuant d’élire des gouvernements qui nous parleraient de développement économique, de sécurisation des frontières et de fierté nationale, plus que d’écologie, en ne nous sentant concernés que lorsque ça se passait juste sous notre nez, en cherchant des coupables extérieurs à nous, en mettant à distance les causes, afin qu’elles ne nous renvoient surtout pas à nos propres responsabilités.
Nous avons chacun notre géographie du cœur. La mienne est faite d’un pays qui brûle en ce moment, plus qu’il n’a jamais brûlé. Tandis que notre territoire brûlait ici, moi, j’étais là-bas. J’en reviens tout juste. J’y ai vécu une partie de la canicule. J’y ai vu de près l’un de ces incendies dévorer le ciel, tandis que je rejoignais ma famille pour souligner les 80 ans de ma marraine.
Oui, j’ai pris l’avion. Oui, je me sens coupable. Non, je ne me justifierai pas. Je voterai par contre, ne vous inquiétez pas. Ça, je saurai faire.
Encore sous l’effet du décalage horaire, j’ai passé une partie de la nuit à regarder la Gironde brûler, sidérée, retournée à ce souvenir précis de mon rapport intime à ce territoire.
J’avais 20 ans, et, oui, je caressais le temps, comme dans la chanson, jouant de la vie, très précisément, en fait, comme on joue de l’amour. Entre mes deux sessions universitaires de l’automne et de l’hiver, pour Noël, j’étais allée rejoindre mon amoureux français, rencontré l’été précédent. À cette période, je passais chacun de mes étés en France, travaillant comme animatrice ou........
