Le legs d’un esprit curieux
Dans l’ancien poulailler transformé en bibliothèque de feu l’historien et comédien Jean-Claude Germain, les souris dansent, les fantômes s’amusent à faire cliqueter les vieilles machines à écrire, les meurtres ont tous été élucidés dans la section polar et l’histoire se raille de nous sur chaque étagère qui amasse la poussière du temps.
En ressortant de ce petit bâtiment où les poules ont pondu et les coqs chanté le cocorico (what’s new ?), on croit entendre le rire sonore du communicateur humble, ce jovial avenant qui portait aussi les chapeaux de dramaturge et d’écrivain. À cette enseigne loge une partie de sa mémoire qui a fini par se perdre un tantinet au finish.
Dans ce coin semi-perdu de la cambrousse de Sainte-Catherine-de-Hatley, que lui avait fait acheter son amie Pauline Julien dans les années 1970, ce conteur hors pair a écrit des dizaines d’œuvres et de pièces de théâtre. C’est ici qu’il avait installé son bureau, son antre d’écrivain, à l’écart du quotidien sur une terre de 93 acres. Entouré de milliers de bouquins jaunis, une épaisse muraille entre lui et le monde, Germain se remuait ici les méninges dans le silence habité de ces témoins muets, ces ouvrages achetés dans des librairies d’occasion.
« Il n’aurait jamais pu bâtir cette collection autrement ; de toute façon, Jean-Claude n’a jamais eu une cenne », me glisse sa fille, Christine, qui m’a accueillie à deux reprises cet été dans le repaire estrien de son paternel, décédé l’année dernière à l’âge de 85 ans. Aujourd’hui, son héritière, ex-réalisatrice d’une émission nocturne de poésie à Radio-Canada avec le poète Michel Garneau (Les décrocheurs d’étoiles), mesure la valeur de ce legs à la fois empoisonné — déjà trois ans qu’elle élague et rien n’y paraît — et précieux, mais aussi intime.
« C’est à voix basse qu’on enchante Sous la cendre d’hiver Ce cœur, pareil au feu couvert, Qui se consume et chante » Jean-Paul Toulet
« C’est à voix basse qu’on enchante Sous la cendre d’hiver Ce cœur, pareil au feu couvert, Qui se consume et chante »
Alors que je m’exclame d’un rayon à l’autre, je tombe sur La psychanalyse du feu de Bachelard. Christine m’offre toute la collection de Bachelard « pour ne pas les séparer ». J’ai lu La poétique de l’espace, mais ceux-ci manquent à ma culture. Chaque ouvrage, du plus humble au plus primé, est recouvert d’un film de plastique transparent, comme un........
