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Libre opinion | Qui écoute la souffrance du Liban?

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Au cours des dernières semaines, des responsables israéliens ont ouvertement signalé une expansion des opérations militaires au-delà de Gaza, évoquant explicitement les destructions menées à Rafah et à Beit Hanoun comme modèle pour des actions futures. Pour le Liban, un petit pays déjà façonné par des frontières coloniales et des décennies de conflits, de telles déclarations ne relèvent pas de la simple rhétorique. Elles annoncent des dévastations pour une terre et un peuple dont la survie dépend depuis longtemps d’équilibres fragiles : écologiques, sociaux, économiques et politiques.

Comprendre ce qui se déroule actuellement au Liban exige donc de porter attention non seulement aux stratégies militaires, mais aussi aux coûts humains et environnementaux qui dépassent largement toute frontière. L’ampleur des destructions en cours constitue une crise qui exige une attention immédiate et une action internationale soutenue, y compris de la part du Québec et du Canada.

Le Liban est un petit pays à l’histoire ancienne, qui aujourd’hui fait partie de la francophonie. Ses frontières coloniales ont été tracées en 1943, réunissant 18 communautés religieuses distinctes sur un territoire de 10 452 km². En tant que Libanaise-Canadienne ayant visité le pays à de nombreuses reprises et ayant la chance de compter des amis, des membres de ma famille et des collègues issus de ces différentes communautés, je peux témoigner d’au moins une source de fierté partagée.

Ces 10 452 km² d’une beauté presque sacrée sont faits de montagnes anciennes, de lits de rivières et de cascades façonnés par le temps, de vestiges de plusieurs civilisations, et abritent une faune et une flore diversifiées, dont d’importantes routes migratoires pour des dizaines d’espèces d’oiseaux. Les estimations actuelles indiquent qu’environ six millions de personnes vivent au Liban, dont des citoyens, des réfugiés et des travailleurs étrangers.

Plus d’un million de personnes, ainsi que d’innombrables espèces animales, sont actuellement déplacées à cause des frappes israéliennes au Liban entamées le 2 mars. Human Rights Watch rapporte l’utilisation continue de phosphore blanc sur le territoire libanais et dans des zones résidentielles. Ces faits surviennent à la suite de ce qu’Israël qualifie de cessez-le-feu avec les combattants du Hezbollah, un « cessez-le-feu » dont la BBC affirme qu’Israël a violé à 10 000 reprises en l’espace d’un an. Ces chiffres soulèvent de sérieuses questions quant au respect des engagements de cessez-le-feu et des normes du droit international humanitaire.

Ce contexte est essentiel pour saisir l’ampleur de la souffrance humaine et des coûts écologiques de ce qui se déroule actuellement au Liban.

Cette souffrance n’est pas contenue dans les 10 452 km² du Liban. Elle déborde. Elle touche les familles endeuillées de Casques bleus tués dans l’exercice de leurs fonctions, les 5 à 15 millions de Libanais vivant dans la diaspora, ainsi que le Québec, où près de 80 000 personnes ont des racines libanaises. En vous tournant vers votre voisin, votre supérieur, votre collègue, votre chauffeur d’autobus ou la personne à la caisse de votre épicerie, il est fort probable que vous rencontriez une personne libanaise, ou liée au Liban, qui porte intimement le poids de cette guerre.

Il ne s’agit pas de six degrés de séparation.

Il s’agit d’une condition partagée.

D’une responsabilité collective.

Depuis des mois, des dirigeants israéliens d’extrême droite s’expriment avec une franchise croissante quant à leurs ambitions, indépendamment des vies, des terres, des mémoires et des histoires en jeu. La question que se posent aujourd’hui les Libanais, au pays comme à l’étranger, est simple et urgente : qui écoute ?

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