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L’espoir d’un retour au rôle original des CLSC

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Le Devoir, dans son article « Un code postal, un médecin ? », rapporte la nouvelle proposition du gouvernement visant à enregistrer chaque Québécois auprès d’une équipe dans la région géographique où il vit. Cette approche a été suggérée à de nombreuses reprises depuis 1970, en commençant par le concept de CLSC, basé sur la population habitant un territoire. Cette approche basée sur la population est solide. Elle peut garantir que les besoins en santé d’une population précise sont pleinement pris en charge et, à ce titre, constitue la pierre angulaire de la nouvelle politique de soins primaires du Québec. Les besoins spécifiques de chaque communauté pour la prévention et la promotion de leur santé, les soins sociaux, les soins aigus et urgents, les soins chroniques et de suivi ainsi que les soins de longue durée peuvent maintenant être pris en compte.

Actuellement, chaque Québécois devrait être inscrit auprès d’un médecin de famille, une grande partie de la population n’étant pas inscrite en raison d’une pénurie de médecins. Cette situation est grave et le restera tant que le médecin sera l’élément central de contrôle du système de santé. Pour surmonter cette situation, il est suggéré d’enregistrer chaque citoyen auprès d’une équipe de professionnels de la santé dans la zone géographique des patients (CLSC).

Le problème, dans la suggestion du gouvernement, c’est qu’être inscrit auprès d’une équipe signifie que personne ne prend la responsabilité du patient. Dans Le Devoir du 8 novembre dernier, la Dre Élise Boulanger explique que, dans le rapport d’experts sur les soins primaires présenté au gouvernement en mai 2025, être inscrit à un groupe signifie que le patient peut passer d’un professionnel à l’autre sans que personne prenne la responsabilité des soins du patient. Il a été suggéré que les Québécois situés sur le territoire de chaque CLSC soient enregistrés au nom d’un membre précis d’une équipe, qui deviendrait le navigateur du patient responsable afin de s’assurer que les besoins en santé de leurs patients sont satisfaits.

Cette orientation fait partie de la nouvelle politique de santé présentée récemment par la ministre de la Santé. La façon dont elle sera mise en œuvre sera le vrai défi. Santé Québec aura besoin de toute l’autonomie et de toute l’imagination possibles pour affronter la résistance qu’un changement sur ce plan apportera.

Les patients qui ne sont pas encore inscrits auprès d’un médecin de famille devraient l’être auprès d’un professionnel de la santé (pharmacien, infirmier praticien, infirmier clinicien) qui est en mesure de faire une évaluation initiale du patient, suivant un protocole défini, quitte à demander un suivi approprié au besoin. Les patients déjà inscrits auprès d’un médecin de famille, à l’intérieur ou à l’extérieur de leur territoire, devraient être inscrits auprès d’un membre de l’équipe présent sur leur territoire, lequel deviendrait leur gestionnaire de soins de santé.

L’objectif ultime est que chaque Québécois ait son propre navigateur en soins de santé, qui serait responsable de s’assurer que son patient reçoit les soins dont il a besoin, de la prévention et la promotion de la santé jusqu’au diagnostic d’un problème spécifique, au traitement et au suivi.

Un projet pilote doit être mis en place dans une petite municipalité sur le territoire d’un CLSC pour tester la fonctionnalité d’enregistrement de chaque citoyen sans médecin de famille auprès d’un professionnel de la santé faisant partie d’une équipe. Le contact avec chaque citoyen peut se faire par l’entremise de la municipalité, où il existe déjà des moyens de communication avec chaque citoyen de la communauté.

Pour garantir ce nouveau modèle, la gouvernance locale doit être mise en œuvre. Comme l’a indiqué l’article du Devoir, le gouvernement fournit le modèle et l’orientation, mais la mise en œuvre doit être entièrement laissée à Santé Québec. Pour que Santé Québec mette en œuvre la gouvernance locale, chaque CISSS et CIUSSS doit bénéficier d’une autonomie dans son budget pour gérer pleinement son organisation. Les CISSS et CIUSSS doivent aussi être différents les uns des autres, lorsque leurs régions présentent des réalités différentes, et être capables de mettre sur pied de nouveaux programmes et les stratégies de gestion qu’ils jugent appropriées.

La nouvelle politique gouvernementale place les CLSC au centre de l’évaluation et de la gestion de première ligne des patients, avec la participation de la communauté et des patients. Cela me donne grand espoir de voir un retour au rôle original des CLSC tels qu’ils ont été conçus dans le rapport de Castonguay-Nepveu à la fin des années 1960. Maintenant que nous sommes plus conscients des pièges de la mise en œuvre initiale des CLSC, les chances de succès sont beaucoup plus grandes.

Ce texte fait partie de notre section Opinion, qui favorise une pluralité des voix et des idées en accueillant autant les analyses et commentaires de ses lecteurs que ceux de penseurs et experts d’ici et d’ailleurs. Envie d’y prendre part? Soumettez votre texte à l’adresse opinion@ledevoir.com. Juste envie d’en lire plus? Abonnez-vous à notre Courrier des idées.


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