Quand le déficit de légitimité devient une vertu
Abolir la fonction de lieutenant-gouverneur, encadrée par des siècles de précédents et de conventions limitant l’exercice de ses pouvoirs, est moins simple qu’il n’y paraît, plaide l’avocat Charles-Olivier Murray.
Paul St-Pierre Plamondon n’a jamais caché sa volonté de rompre avec la monarchie, mais ce qui le distingue de ses prédécesseurs est sa disposition à en faire réellement un cheval de bataille. Contrairement à Jacques Parizeau, qui envisageait qu’un Québec indépendant demeure au sein du Commonwealth (Loi sur l’avenir du Québec, article 16), St-Pierre Plamondon en appelle à l’abolition de tout ce qu’il y a de monarchique au Québec, à commencer par la fonction de lieutenant-gouverneur.
Rarement exercé ne veut pas dire inutile
Le rôle du lieutenant-gouverneur ne se limite pas au symbolisme : il convoque, proroge et dissout l’Assemblée, accorde la sanction royale aux lois et nomme le premier ministre.
Certains vont considérer ces pouvoirs comme théoriques puisqu’ils sont rarement exercés de manière indépendante de l’avis du premier ministre. Toutefois, « rarement » ne veut pas dire « jamais », comme le démontre l’épisode de 2017 en Colombie-Britannique, où le gouvernement libéral minoritaire avait été défait lors d’un vote de confiance quelques mois après des élections générales.
La première ministre avait donc demandé à la lieutenante-gouverneure de déclencher de nouvelles élections, mais cette dernière avait refusé, jugeant que le chef néo-démocrate John Horgan, avec l’appui du Parti vert, pouvait obtenir la confiance de l’Assemblée. Elle........
