Modéliser les territoires pour mieux décider ? Les promesses et les limites des jumeaux numériques pour l’environnement
Faut-il adapter les pratiques agricoles face à des ressources en eau de plus en plus incertaines ? Peut-on renforcer la résilience des territoires face aux risques d’inondation ou de pollution de l’air ? Comment anticiper les effets d’aménagements sur les sols, l’eau ou la biodiversité ?
Les réponses à ces questions reposent aujourd’hui sur des données fragmentaires et des arbitrages complexes entre acteurs du territoire. Mais une nouvelle approche émerge : l’usage de jumeaux numériques environnementaux, qui permet de représenter numériquement et automatiquement la réalité physique sur de longues périodes. Déjà utilisés dans l’industrie pour les véhicules ou les machines, ces formes de modélisation sont désormais appliquées à de nombreux autres objets : bâtiments, villes, organes humains, processus de fabrication… Elles assurent leur suivi de façon intégrée et continue, tout au long de leur cycle de vie, avec une promesse : mieux comprendre pour mieux décider.
Dans l’environnement au sens large (urbain, agricole, naturel, industriel) et dans un contexte de changement climatique où la gestion des ressources naturelles et énergétiques est devenue critique, ces approches suscitent un intérêt croissant auprès des acteurs publics et industriels.
En France, par exemple, l’État a annoncé mi-avril 2026 un investissement de 25 millions d’euros dans le cadre du plan France 2030 pour développer des jumeaux numériques des territoires, destinés à mieux anticiper leurs évolutions et éclairer les décisions des collectivités. Mais leur déploiement soulève encore plusieurs défis, techniques comme sociaux.
Décider au quotidien et sur le long terme
Une fois déployés sur un territoire, les jumeaux numériques permettent d’adapter les flux et les pratiques en fonction de la disponibilité des ressources et des risques.
Ils facilitent par exemple la détection de certains dysfonctionnements. Parmi ceux-ci, il y a la détection des fuites de réseaux d’eau, la gestion de zones problématiques comme les îlots de chaleurs pour lesquels des villes comme Enschede (Pays-Bas) ont développé des jumeaux thermiques dédiés, ou bien le suivi de pollutions locales notamment liées à la qualité de l’air. A contrario, ils peuvent également mettre en évidence des systèmes aux impacts positifs, comme des zones humides qui jouent un rôle clé dans le maintien de la biodiversité et........
