Paradoxes de la transition énergétique mondiale : entre ambitions vertes et extraction minérale intensive
Voitures électriques, éoliennes, panneaux solaires : la transition énergétique promet un avenir décarboné. Mais derrière ces technologies dites « vertes » se cache une réalité souvent invisibilisée : une intensification massive de l’extraction minière, concentrée dans certains territoires et porteuse de nouvelles tensions politiques, écologiques et géopolitiques.
La transition énergétique telle qu’elle est actuellement pensée ne rompt pas avec l’extractivisme des énergies fossiles : elle le déplace, l’intensifie et le reconfigure. Ce concept a été forgé par des chercheurs et chercheuses d’Amérique latine pour penser les industries des ressources naturelles.
Le biologiste uruguayen Eduardo Gudynas définit l’extractivisme comme un système à la fois orienté vers l’exportation – au moins la moitié de ce qui est extrait part à l’international – et d’extraction massive, avec des impacts significatifs sur les écosystèmes et les communautés locales. L’extractivisme se traduit donc par un rapport de contrôle et de domination sur la terre.
Quatre paradoxes majeurs structurent la transition énergétique et demeurent largement occultés dans les débats publics : son intensité en métaux, son intensité en énergie et en surface, le caractère néocolonial et impérialiste, et le mythe de la mine responsable.
En tant que doctorante en affaires internationales à HEC Montréal et chercheuse affiliée au CÉRIUM, mes travaux portent sur les résistances plurielles à l’extractivisme des minerais critiques dans le cadre de la transition énergétique mondiale.
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L’intensité en métaux
L’intensité minérale de la transition énergétique est colossale : électrification et énergies renouvelables vont entraîner une augmentation de la demande en métaux critiques pouvant atteindre 500 % d’ici 2050, selon la Banque........
