Que nous disent les anciennes voitures du métro de Montréal sur ce que la métropole est devenue ?
En 60 ans, le métro de Montréal est passé de symbole de la modernité à patrimoine du quotidien. Que révèle notre attachement à ses voitures bleues quant à notre vision de la ville ?
Le 26 décembre 1966, le métro de Montréal entrait dans l’histoire. Quelques mois seulement après son inauguration, et suivant des années de controverses quant à son utilité pour une ville de cette taille, la métropole était paralysée ce jour-là par une importante tempête de neige qui allait révéler tout l’intérêt d’un réseau de transport entièrement souterrain.
Le lendemain, la tempête fait les manchettes, et le Devoir indique en frontispice : « […] il semble que le métro ait connu un surcroît de popularité au cours de la fin de semaine : il fait toujours presque chaud sous terre ! »
Ainsi allait entrer dans l’imaginaire montréalais l’idée qu’il s’agit d’un moyen de transport fiable, moderne, indépendant des tractations de la vie urbaine en surface, et reliant – sans qu’un manteau soit nécessaire – le bureau, les magasins, les divers lieux de divertissement et la maison.
Cet article fait partie de notre série Nos villes d’hier à demain. Le tissu urbain connaît de multiples mutations, avec chacune ses implications culturelles, économiques, sociales et – tout particulièrement en cette année électorale – politiques. Pour éclairer ces divers enjeux, La Conversation invite les chercheuses et chercheurs à aborder l’actualité de nos villes.
Le métro de Montréal aujourd’hui
Le temps a depuis fait son œuvre, et la modernité, cette conception de la ville – née en Europe dans les années 1920 – selon laquelle il faut faire table rase du passé et rationaliser le fonctionnement urbain par la construction de grands projets (tours à logements, autoroutes, parcs industriels, métros, etc.), s’est considérablement essouflée.
Des projets structurants continuent bien sûr d’être érigés, mais jamais de manière aussi unilatérale, et sans tenir compte des réalités locales, comme à l’apogée du modernisme. Mise en branle à Montréal au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, cette idéologie mène notamment à la construction de l’autoroute Ville-Marie et à l’ancienne tour de Radio-Canada, et par conséquent à la destruction du tissu urbain traditionnel pour cause prétendue........
