L’immortalité artificielle à nos portes : panacée ou danger ?
Grâce aux récents développements en intelligence artificielle (IA), il est désormais possible de préserver des représentations de personnes décédées et d’interagir avec elles. La « réapparition » des personnes se fait parfois de manière volontaire et programmée, mais parfois sans le consentement des familles ni des proches endeuillés. L’humain a toujours eu le fantasme de vivre éternellement. Mais que penser de cette nouvelle façon de prolonger l’existence « artificiellement » ? Est-elle souhaitable ? Quels sont les principaux enjeux éthiques que soulève l’apparition des « griefbots » ou « deadbots » ?
Professeure associée à l’École de santé publique (ESPUM) de l’Université de Montréal, je suis éthicienne et chercheuse spécialisée en gouvernance, éthique, droit, IA et conduite responsable en recherche. Je dirige notamment un projet de recherche, intitulé Immortalité artificielle : perspectives éthiques, juridiques et artistiques. Dans le cadre de ce projet, j’ai publié avec deux étudiantes un article portant sur les considérations éthiques liées à l’immortalité artificielle.
Des frontières fragiles
Les avatars numériques posthumes sont créés à partir des traces numériques laissées de leur vivant par des personnes décédées. Les écrits sur les réseaux sociaux, les photos, les enregistrements audios et visuels sont autant de traces qui nourrissent ces avatars. Construits grâce à la fusion de l’IA, de l’apprentissage automatique et de l’analyse avancée des données, ces avatars peuvent recréer la ressemblance tant physique que psychologique, la personnalité et même les souvenirs des personnes décédées.
Le résultat est tel qu’il peut laisser un doute chez l’utilisatrice ou l’utilisateur : s’agit-il de la « vraie » personne ? Il faut dire que cette technologie prend racine dans un monde où la vie virtuelle est bien établie. Ainsi, l’échange avec l’avatar numérique, posthume ou non, devient presque banal. Or, l’avènement des avatars posthumes soulève des enjeux éthiques de taille.
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L’autonomie, la protection des données et la vie privée
Au nombre de ces enjeux, soulignons le respect de l’autonomie et la protection des données, l’altération des rapports interpersonnels et sociaux, ainsi que le........
