Migrer « facilement » au Québec : le mythe à nuancer des privilèges français
Migrer au Québec en tant que ressortissant français est généralement présenté comme un parcours facilité. Accords privilégiés, mobilité encadrée, réseau institutionnel dense : tout semble indiquer une circulation fluide. Pourtant, derrière cette apparente simplicité, le système migratoire produit aussi des formes d’instabilité et de précarité auxquelles les Français n’échappent pas.
Les ressortissants français bénéficient d’un statut à part au Québec. Depuis 1965, la province a noué avec la France une relation « privilégié [e] » faite d’un réseau dense d’accords bilatéraux en matière économique, culturelle, éducative et de mobilité.
En effet, une trentaine d’entre eux visent à faciliter les migrations réciproques d’étude, de stage, de travail et d’installation. Par exemple, ils ont permis la création de l’Office franco-québécois pour la jeunesse, dédié aux mobilités des jeunes dans les deux territoires, facilitent la reconnaisses des diplômes, l’obtention d’un permis de conduire et l’accès à la RAMQ ou encore réduisent les frais de scolarité. Ils produisent donc pour leurs bénéficiaires un véritable privilège de nationalité.
Depuis plusieurs années, les Français forment la première nationalité parmi les nouveaux immigrants, comme les résidents temporaires au Québec, et leur nombre ne cesse de croître. Entre 2016 et 2021, la province a vu une hausse de 36 % de leurs arrivées avec la résidence permanente et de 86 % avec la résidence temporaire, selon les données combinées de Statistique Canada et du gouvernement du Québec.
Or, le statut de résidence temporaire est associé à des droits limités, variables selon le permis temporaire détenu, qui le rendent précarisant. Pour les personnes qui veulent rester, le passage à la résidence temporaire à la résidence permanente est possible, mais c’est un processus très complexe, sélectif, et précarisant.
Au Québec, il leur faut en effet passer un double processus........
