Que l’IA écrive des romans, voilà notre vraie panique
« Le problème n’est pas le roman écrit par l’IA ; le problème, c’est que l’IA dépasse désormais de loin le génie humain. » C’est le verdict, rapide, d’un ami écrivain. Peut-être est-ce cela qui explique la violence de la réception du désormais fameux C’était ça ou mourir, le roman présumé apocryphe de l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien. Les réactions de panique et de colère qui enflent encore en témoignent. La fiction, qui était le refuge de nos vérités muettes ou interdites, se révèle… une chose factice.
Bien sûr, sur cette affaire, beaucoup de choses ont été dites. Il y a le contrat éthique entre l’auteur et le lecteur, la tricherie supposée, la rupture de confiance. Mais il y a aussi, à lire les réactions depuis une semaine, la peur. Entière, obscure, et qui gonfle : nous perdons encore une fois l’une des garanties du réel : le roman, toute la possibilité de la littérature.
On peut supposer qu’Homère n’ait pas existé, que certains évangiles soient apocryphes ; mais là, il y a autre chose. Tricherie supposée, certes, mais peur du lendemain. Pour faire dans l’image, Frankenstein n’est plus un monstre, il devient le livre lui-même : une monstruosité qui raconte une réalité et non une réalité qui raconte une monstruosité.
Coupable d’admiration
J’ai lu ce roman il y a des semaines, il m’a ébloui, je l’ai salué et je l’assume ; car c’est vrai : le roman me semble flamboyant, baroque, désordonné, brutal, puissant. J’ai salué un auteur auquel j’avais cru, et je l’assume ; mais c’est encore plus grave........
