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Oui, la stagflation me fait peur…

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08.04.2026

Mes salutations, cher lecteur du Devoir,

J’espère que tu vas bien. Je vais te raconter une histoire personnelle. Tu sais que la stagflation des années 1970 s’est terminée par une remontée des taux directeurs à près de 20 % ? Cela a complètement étouffé l’économie. Le commerce de mon père s’est vidé de sa clientèle. À l’époque, les états financiers des petites entreprises n’étaient produits qu’une fois par année. Mon père était au bout de son rouleau après des années folles de ralentissement économique et d’inflation.

Comme la plupart des entrepreneurs de l’époque, il n’avait pas eu beaucoup d’éducation. Il s’est tourné vers moi, alors jeune ingénieur, pour l’aider. Il n’arrivait pas à comprendre ce qu’il devait faire et, surtout, il naviguait dans le brouillard.

J’ai alors rencontré le comptable externe de l’entreprise. Il m’a proposé d’installer un système de comptabilité avec des résultats mensuels. Avec l’aide de la secrétaire de mon père, j’en ai mis un en marche. Malheureusement, la secrétaire ne comprenait rien. C’est moi qui maintenais ce système à bout de bras.

Mon père m’inquiétait aussi. Je lui ai proposé de faire un conseil d’administration. Nous sommes arrivés avec plusieurs solutions. Nous avons identifié sur une carte les zones où la clientèle était moins touchée par le ralentissement économique. Nous avons établi un sondage pour savoir ce qu’il faudrait faire pour qu’ils viennent à la station-service de mon père. Mes deux sœurs se sont occupées de patrouiller dans ces secteurs avec le questionnaire du sondage.

La station-service devait payer un loyer à la pétrolière propriétaire de la bâtisse. Avec mon père, nous avons rencontré le représentant de la compagnie. Il possédait un MBA, et mon père une deuxième année B. Imagine la différence de compétence.

Nous recherchions un moyen de faire baisser le loyer. J’ai expliqué le système de comptabilité mensuel mis en place, je lui ai montré la carte de la clientèle et les résultats du sondage de mes sœurs. En gros, le message était : « Mon père est un bon cheval et vous devez miser dessus. »

Mon effet a été réussi. Le représentant a convaincu la compagnie de baisser d’une façon importante le loyer. Je n’étais qu’un jeune ingénieur et je ne connaissais rien au management. Cela a redonné les forces qu’ils manquaient à mon père. Son commerce a fonctionné 40 ans.

Alors, oui, la stagflation m’inquiète au plus haut point, car cela se termine très mal…

J’espère que tu as passé un beau congé de Pâques.


© Le Devoir