Data centers : les illusions de la récupération de chaleur
Ces ogres numériques que sont les data centers engloutissent énormément d’électricité pour traiter des masses colossales d’informations. Le courant qui circule intensément dans leurs veines chauffe également leurs corps en continu, mais cette chaleur se dissipe dans l’atmosphère quand elle pourrait, si elle était récupérée, chauffer des villes et leurs habitants.
Un énorme gaspillage : la chaleur dégagée par un data center de taille moyenne, disons 50 mégawatts de capacité électrique, dissipe annuellement 300 gigawattheures thermiques, l’équivalent des besoins de chauffage de 12 000 logements.
L’enjeu est à la hauteur de la boulimie exponentielle du secteur. En 2025, le monde comptait déjà quelque 11 800 centres de données, dont la consommation d’électricité s’est élevée à 448 térawattheures (TWh), presque autant qu’un pays comme la France. Stimulée par l’intelligence artificielle (IA), cette consommation – et donc le dégagement de chaleur associé – devrait avoir plus que doublé en 2030 et représenter 3 % de la consommation électrique mondiale.
En France, les 352 sites déjà en service ont absorbé 10 TWh en 2025 (2,2 % de la demande électrique nationale). En 2035, si la tendance se prolonge, la consommation d’électricité des data centers tricolores sera multipliée par 3,7 selon les projections de l’Ademe.
De quoi doper le gisement de chaleur fatale que constitue la déperdition thermique des équipements informatiques ? Oui, sur le papier. Pour la France, l’Ademe évalue le potentiel valorisable à 1,8 TWh (180 000 logements) en 2024 et à près de 13 TWh en 2035. « A ce jour marginale, la récupération s’annonce prometteuse », présage Thierry Landais, président de la Fedene, l’association professionnelle des réseaux de chaleur.
Prometteuse jusqu’à quel point ? Depuis 2025, en transposition du droit européen, la........
