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Hacker la bombe ? Ce que l’IA Mythos révèle du pari de la dissuasion nucléaire

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07.05.2026

L’apparition de l’IA Mythos, présentée comme capable de détecter rapidement des failles informatiques majeures, montre que les capacités offensives dans le cyberespace progressent très vite. Cette évolution pourrait rendre les systèmes nucléaires plus vulnérables et augmenter le risque d’erreurs, de sabotage ou d’escalade accidentelle.

En 1983, le film WarGames imaginait un adolescent qui, entré par accident dans un système informatique du Pentagone, déclenchait un programme de simulation, lequel était interprété comme un prélude à une guerre nucléaire. Le film avait tant marqué Ronald Reagan qu’il avait interrogé ses conseillers sur la possibilité d’une telle intrusion dans les systèmes américains les plus sensibles. Une semaine plus tard, la réponse était venue : « Monsieur le Président, le problème est bien plus grave que vous ne le pensez. »

Les politiques autour de l’armement nucléaire reposent sur une série de paris, souvent lointains, sur l’avenir de la dissuasion nucléaire. D’abord, les pays dotés de l’arme nucléaire considèrent que la peur de leur riposte suffira toujours à empêcher un adversaire de les attaquer en premier, et qu’ils disposeront toujours de l’expertise et de la chance nécessaires pour prévenir des explosions accidentelles. Ils estiment donc que la possession de l’arme nucléaire sera pour eux, au cours des décennies à venir, source de sécurité et non d’insécurité.

Or, comme nous le montrons avec mes collègues Sterre van Buuren et Benoît Pelopidas, il existe plusieurs scénarios futurs plausibles dans lesquels posséder des armes nucléaires engendrera plus de coûts réels que de bénéfices potentiels dans un monde où la température aura augmenté de plusieurs degrés. Maintenir un arsenal crédible et sûr exigera de faire des choix budgétaires, au détriment d’autres dépenses rendues urgentes par la crise climatique. L’univers des risques existentiels pour un État, qui pourrait justifier l’usage de l’arme nucléaire, peut aussi s’élargir. Des experts s’inquiètent que des risques de pénurie d’eau au Pakistan et en Inde ne deviennent un terrain fertile pour un conflit menant à une escalade nucléaire.

Mais il existe un autre pari, bien plus implicite : celui que les arsenaux nucléaires, qui sont des systèmes technologiques complexes et hautement digitalisées, ne possèdent aucune vulnérabilité cyber qui pourrait être exploitée par un acteur souhaitant empêcher son fonctionnement normal.

La récente percée de l’intelligence artificielle Mythos révèle à quel point les conditions de ce pari peuvent changer sur le long terme.

Mythos et l’avenir de la cybersécurité

Le 7 avril 2026, la compagnie Anthropic – qui commercialise la série de grands modèles de langages (LLM) Claude – annonçait la création de son nouveau modèle d’intelligence artificielle (IA) : « Mythos ». Ce modèle, qui n’a pas été mis sur le marché mais rendu........

© The Conversation