Un loup dans la bergerie
EXPERT INVITÉ. Ce matin, pas de politique ni de commentaire sur la guerre que mène l’agent orange au Moyen-Orient. Rien concernant la sécurité publique ou la santé des peuples. Il n’y a malheureusement rien de nouveau: ça va mal dans le monde. Bien évidemment je n’ai rien à envier à l’Iran, mais nous ne sommes pas tenus d’aller aussi loin que ça pour le réaliser. Ici, au Québec, à petite échelle, plusieurs individus ne vont pas bien et causent du mal à des personnes innocentes.
Les guerres n’ont pas le monopole sur les questions de sécurité.
Vous et moi travaillons, et vous, comme moi, ne voulons pas mettre notre vie ni notre santé en danger.
Il y a une dizaine d’années, lorsque j’occupais les fonctions de partenaire d’affaires RH chez FedEx Freight à Montréal, je me souviens d’une phrase de Doak Slay, vice-président aux opérations internationales, à ce moment, lors d’un de ses passages à notre centre de distribution. Puisqu’il est anglophone, je me permets une traduction libre de ses propos. Après avoir expliqué les raisons de sa présence et après avoir fait le tour des différentes fonctions qu’il a exercées depuis son arrivée chez FedEx, cet ancien joueur de football universitaire américain nous a mentionné : « Ma pire expérience à vie dans cette compagnie est arrivée la journée où je me suis présenté sur le porche d’une maison afin d’annoncer à une dame, la mort de son mari survenu quelques heures plus tôt alors qu’il chargeait et déchargeait des camions-remorques ». Depuis ce jour, j’ai pour mission d’entreprendre toutes les actions possibles pour m’assurer que mes employés entrent à la maison en fin de journée dans le même état qu’ils étaient quand ils ont quitté le matin pour venir travailler.
Depuis quelques années déjà, une de mes politiques fétiches est celle liée à la violence en milieu de travail. Une politique de tolérance zéro sur le plan physique que psychologique s’avère la plus appropriée. À cette politique d’entreprise s’ajoutent celles sur le harcèlement psychologique en milieu de travail et, plus récemment, sur la violence conjugale ou familiale. Outre la Loi sur la santé et la sécurité du travail, ces lois inscrites dans la Loi sur les normes du travail sont là pour protéger l’intégrité physique et morale de chaque individu au travail.
Que ce soit par un comité en matière de santé et sécurité du travail ou un professionnel RH, la protection des travailleurs doit être la priorité numéro un de tout employeur dans ce merveilleux monde du travail. Si ce n’est pas le cas, changez d’employeur.
En aucun temps et d’aucune manière, les dangers au travail et la violence au travail n’ont leur place.
Plutôt que d’être curatif, le professionnel RH peut agir en amont et prévenir tout type de violence. En appliquant des politiques d’entreprise, en formant ses employés et ses superviseurs, et en mettant des mécanismes de dénonciation, nous sommes en mesure d’agir sur les comportements des employés. Il n’y a rien de parfait, et le risque zéro n’existe pas, mais nous devons absolument mettre des garde-fous en place pour protéger les employés.
Un autre outil privilégié est l’étude des antécédents criminels. Rien de trop compliqué comme processus de vérification qui s’inscrit dans les dernières étapes du recrutement. Ce qui m’intéresse n’est pas de connaître la vie privée des gens ni de savoir si un candidat a pété la baloune il y a 25 ans. Ce qui m’intéresse sont les cas plus récents, les cas les plus flagrants, et les cas qui ont un lien avec le travail.
Je me souviens, lors de mon premier passage à la Ville de Montréal, d’avoir à pourvoir des postes de surveillants de parc. Vous savez, les parcs avec des modules de jeux pour les enfants. Au terme d’une entrevue qui s’était bien déroulée, nous avions demandé au candidat s’il avait déjà été reconnu coupable d’une infraction criminelle quelconque. Du tac au tac, le candidat m’avait dit « non » et était presque insulté qu’on me pose la question. 24 heures plus tard, le couperet tombait et les résultats du Backcheck étaient sans équivoque : le candidat assis devant moi avait été accusé d’agression sexuelle sur de jeunes enfants.
Le contremaître de l’époque me disait que j’exagérais avec mes processus RH et qu’il n’avait rien à craindre de ce candidat, puisqu’il ne s’était jamais trompé avec son feeling. Ai-je besoin de vous dire que la mâchoire lui était tombée lorsque je lui avais communiqué les résultats ?
Le feeling a ses limites!
Lorsqu’il est question de santé, de sécurité et d’intégrité physique, il n’y a pas de place à l’improvisation. Faire une étude des antécédents criminels coûte environ 50$, et je peux vous dire que c’est de l’argent bien placé.
Si votre patron est trop gratteux et vous dit le contraire: fuyez !
Si vous avez déjà dû passer ce type de test, vous tenez pour acquis que tous les autres employés de votre entreprise ont eu aussi à passer ce type de test. Sans quoi, soit que vous vous dites que c’est inéquitable ou bien que l’on vous prêtait de fausses intentions.
Toutefois, ces tests donnent des résultats uniquement si vous vous êtes fait arrêter par la police. Si vous n’avez jamais été pris la main dans le sac, c’est difficile de savoir ce que personne ne sait.
Comme beaucoup d’entre vous, je fais confiance aux humains. Mais ces dernières années, beaucoup trop de dossiers et de cas me font douter et me disent de ne plus faire confiance aveuglément.
Le 2 mars dernier, nous apprenions qu’un préposé aux bénéficiaires, qui œuvrait à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont de Montréal, avait été arrêté pour agression sexuelle sur une patiente.
Cette dame a fait confiance au système; cette dame a fait confiance aux employés sans se questionner; et l’employeur a fait confiance à son employé… et tout le monde s’est trompé!
Il y a un an, trois ex-hauts cadres d’Ubisoft ont été accusés de harcèlement moral et sexuel sur leurs employées. En avril 2025, c’est un travailleur de la santé qui est accusé d’avoir agressé sexuellement à répétition une patiente dans un CHSLD. En novembre 2025, un ex-employé du Centre jeunesse de Drummondville écopait d’une peine de pénitencier pour agression sexuelle dans le cadre de son travail. En 2022, un employé était accusé d’avoir agressé sexuellement une résidante dans le CHSLD Laurendeau à Montréal.
Et la liste continue…
Et les vies brisées par un employeur, un travailleur, ou un collègue se poursuivent.
Dans tous ces dossiers, je ne sais pas si l’employeur et les professionnels RH avaient rempli leur devoir de diligence raisonnable et s’ils avaient fait l’étude des antécédents criminels comme ils se devaient.
Nous tenons pour acquis que oui… mais de toute évidence, des failles subsistent et subsisteront toujours.
Malheureusement, la situation est déjà préoccupante, mais elle pourrait s’avérer encore plus sombre si les employeurs ne réglementaient pas le processus de recrutement ni les comportements inappropriés pendant la période d’emploi.
