Les archives orales, des sources comme les autres ? Comment les témoignages nourrissent le travail des historiens
Si les piliers de l’histoire orale ont été posés dès 1921 par Marc Bloch, les sources orales ont mis près d’un siècle à être admises comme telles en histoire. Pourquoi tant de précautions ? Retour sur cette longue évolution alors que l’intelligence artificielle bouleverse le travail des archives.
La consécration républicaine de Marc Bloch au Panthéon, le 23 juin 2026, a pris la forme d’une relecture de l’histoire et de l’historiographie du XXᵉ siècle. L’homme est en effet un singulier historien. Si son terrain de recherche le tourne vers le Moyen Âge, son parcours biographique l’a amené à traverser toutes les blessures du premier XXᵉ siècle. Son expérience directe de l’histoire contemporaine a nourri sa pratique professionnelle.
L’une de ses interactions a pour cadre la guerre de 1914-1918 et rapproche sa pratique de l’utilisation des sources orales. Alors mobilisé dans les tranchées du Chemin des Dames, Marc Bloch est en effet frappé de l’impact des fausses nouvelles sur ses camarades. Peur des espions allemands ou fantaisistes bombardements russes sur Berlin stimulent sa curiosité sur les mécanismes de construction de la rumeur. Il transforme son expérience combattante en une enquête (publiée dans la Revue de synthèse historique en 1921) qui apparaît d’une ardente actualité.
Dans ces quelques pages, Bloch « propose de voir dans le présent un terrain d’expérimentation, fourni par les événements historiques contemporains, pour mieux comprendre et penser les événements passés ». Il légitime l’histoire du très contemporain en rapprochant l’étude des fausses nouvelles des tranchées d’une histoire des rumeurs médiévales, période plus consacrée. Pour cela il prend comme objets la rumeur, et s’interroge sur les conditions de sa construction. Il s’appuie ainsi sur des propos consignés pendant le conflit qu’il rapporte consciencieusement.
Ce faisant, dans une réflexion épistémologique de la discipline, Bloch élargit le soupçon et émousse la distinction entre sources orales et écrites montrant que les secondes ne sont parfois que les transcriptions des premières. Loin des réticences de ses maîtres méthodistes, il place les sources orales parmi les outils de l’historien. Il appelle même à la construction de véritables archives orales en prenant en compte cette expérience immédiate et la mémoire pour servir les générations historiennes à venir.
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