Terrorisme masculiniste en France : d’une haine en ligne à une menace réelle pour les femmes
A 13 ans, Jamie a assassiné sa camarade de classe. L’acte est si violent, l’auteur si jeune, que parents, police, enseignants et amis sont perdus. Déboussolés d’apprendre que le garçon a glissé dans les sphères masculinistes des réseaux sociaux où les incels, ces «célibataires involontaires», prônent la haine des femmes qui ne veulent pas d’eux. Voilà le scénario d’Adolescence, la série que le monde entier a regardé et commenté au printemps 2025 avant de passer à autre chose…
Pendant ce temps, à Saint-Etienne, un étudiant de 19 ans glissait dans son sac une liste de quatre prénoms féminins de sa classe, deux couteaux et un tee-shirt floqué «retribution» («châtiment»). Timoty G. n’est pas un personnage de fiction. Il a été arrêté et mis en examen le 1er juillet 2025 dans le cadre de la première procédure pour terrorisme en France visant un membre de la mouvance incel.
A l’approche de la Journée internationale des droits des femmes, Libération a enquêté sur la radicalisation de Timoty G. Un parcours vers la haine des femmes qui débute en ligne, où quarante-cinq minutes sur TikTok suffisent à un adolescent mal dans sa peau pour être exposé à des contenus de la mouvance.
Coaching en séduction viriliste, discours sur les «manipulatrices», appels à la violence. Extrêmement protéiforme, toute une contre-culture antiféministe est à portée de smartphone sur les réseaux sociaux du boys club de la Silicon Valley (Musk, Zuckerberg et consorts), aujourd’hui dépourvu de limites au nom de la liberté d’expression à l’ère de Donald Trump. Les influenceurs masculinistes y prospèrent au milieu de la désinformation et de propos haineux impunis.
Cette sphère numérique débridée permet aujourd’hui à la violence de cette mouvance d’être popularisée et légitimée. Une banale contre-culture Internet qui s’étale en ligne. Jusqu’à ce qu’elle s’en échappe et tue.
En 2014, l’Américain Elliot Rodger, qui avait proclamé sa haine de la société et des femmes (qu’il appelait à mettre dans des camps de concentration), assassine six personnes avant de se suicider. D’autres ont suivi son exemple au Canada ou au Royaume-Uni.
En France, nous y sommes. Elliot Rodger était l’idole de Timoty G. dont le projet d’attentat a alerté jusqu’au sommet de l’Etat. Mais les instances éducatives, juridiques et policières tâtonnent. Des garçons continuent d’être happés par des discours qui transforment leur mal-être en haine, et cette haine en cibles dans le dos des femmes.
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