Une «neutralité» militaro-impérialiste
Le 27 septembre, l’initiative «Sauvegarder la neutralité suisse» sera soumise au vote. Ses promoteur·ices affirment qu’elle permettrait de préserver l’indépendance du pays, garantir sa sécurité et consolider son rôle de médiateur sur la scène internationale. Elle se présente ainsi, de prime abord, comme un projet au service de la paix.
Cette initiative est pourtant portée par des figures parmi les plus militaristes de la droite helvétique, à l’image du conseiller national Jean-Luc Addor, président de l’association ProTell, qui milite en faveur de l’élargissement du droit au port d’armes, ou encore de Christophe Blocher, qui a investi 3 millions de francs dans la campagne. Loin d’incarner un projet pacifiste, elle cherche ainsi à réhabiliter l’armée, renforcer l’appareil sécuritaire de l’Etat, tout en consolidant l’un des principaux instruments de l’impérialisme suisse: la neutralité.
Depuis plus d’un siècle, la classe dirigeante suisse présente la neutralité comme une tradition humaniste, pacifique et désintéressée. La Suisse serait un petit pays sans ambitions coloniales, un médiateur au-dessus des conflits, un refuge pour la diplomatie et la paix. Cette image relève davantage du mythe national que de la réalité historique. La neutralité n’est pas seulement un principe abstrait; dans la pratique, elle sert avant tout à masquer l’agressivité de l’expansion de l’économie suisse à l’étranger et lui permettre de faire des affaires avec tout type de gouvernements.
Dès la Première Guerre mondiale, la bourgeoisie suisse appréhende la neutralité comme un avantage concurrentiel important. Plutôt que de coloniser des territoires étrangers par les armes, les capitalistes suisses ont su habilement conquérir leurs marchés, en bénéficiant d’un appui décisif de l’appareil diplomatique.
Au cœur de cette stratégie commerciale, la neutralité permet à la Suisse de développer des relations économiques avec toutes les puissances belligérantes en cas de guerre. Parce qu’elle n’est pas liée à des alliances militaires durables, la Suisse dispose d’une grande flexibilité diplomatique: elle peut coopérer avec différentes puissances simultanément et faire avancer ses intérêts économiques indépendamment des conflits. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les milieux économiques suisses ont ainsi continué à entretenir d’étroites relations avec l’Allemagne nazie, tout en préservant leurs liens avec les Alliés.
Cette politique a aussi justifié une longue tradition d’indépendance vis-à-vis des organisations internationales, ce qui a permis à la Suisse d’échapper à l’application de sanctions économiques et de préserver ses intérêts privés.........
