L’héritage fait-il vraiment les riches ?
La France serait en passe de redevenir un pays d’héritiers – un pays où la richesse s’acquiert moins par le travail que par la naissance. Telle est la thèse que l’on entend de plus en plus, dans le sillage des travaux de Thomas Piketty. Les fortunes se perpétueraient ainsi de génération en génération, verrouillant la mobilité sociale.
À l’origine de cette mécanique, un phénomène tout simple : le rendement du capital dépasserait durablement le taux de croissance de l’économie, permettant aux patrimoines de s’accumuler plus vite que les revenus du travail, avant d’être transmis à des héritiers qui bénéficieraient à leur tour de cette dynamique. On irait ainsi tout droit vers une société figée, dominée par des dynasties, où le mérite et l’effort compteraient moins que l’héritage. D’où le mot d’ordre : il faut taxer les riches et, en particulier, l’héritage !
Mais cette vision résiste-t-elle vraiment à l’examen précis de l’évolution des patrimoines ? Les grandes fortunes d’aujourd’hui sont-elles réellement celles d’hier, simplement transmises et amplifiées ? Autrement dit, l’économie contemporaine se laisse-t-elle réduire à une simple logique de reproduction patrimoniale ? Rien n’est moins sûr, car un patrimoine se divise entre héritiers, et rien ne garantit que ceux-ci sauront en préserver ou en accroître la valeur avec la même efficacité que ceux qui l’ont constitué.
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Au fil des générations, certaines fortunes s’amenuisent, parfois même s’évaporent, tandis que d’autres émergent. Des travaux récents suggèrent d’ailleurs que l’héritage, s’il joue un rôle, n’est pas le principal facteur des inégalités de richesse. Avant d’affirmer que nous devenons une société de rentiers, encore faut-il donc répondre à quatre questions simples : les individus les plus fortunés sont-ils vraiment des héritiers ? Les inégalités viennent-elles de la transmission des patrimoines ? L’héritage est-il la principale source d’enrichissement ? Enfin les héritages creusent-ils réellement les écarts de richesse ?
Des riches rarement héritiers
Pour clarifier ces points, il faut disposer de données fiscales précises. On n’en possède pas pour........
