Sperme frais, vieux fantasmes : les secrets de la masturbation
Comme toutes les semaines, le chercheur en psychologie Jesse Bering décortique une étude sur la sexualité.
La masturbation. Mais à quoi est-ce que cela sert ? Chez les hommes, du moins, l’explication la plus convaincante – avancée en 1993 par les biologistes évolutionnaires britanniques Robin Baker et Mark Bellis – est qu’elle permettrait d’éliminer les spermatozoïdes vieillissants, dont la qualité se dégrade vite, pour les remplacer par des spermatozoïdes frais et plus vigoureux. Telle est la théorie classique de la compétition spermatique, que Baker a développée quelques années plus tard dans un ouvrage au titre génial, Sperm Wars – littéralement « les guerres du sperme ».
En l’état actuel de nos connaissances, les spermatozoïdes frais sont tout simplement de meilleurs nageurs que leurs congénères arthritiques et gériatriques, et donc mieux armés pour aller trouver asile dans l’appareil reproducteur féminin. Une fois que ces gamètes vigoureux, frétillant du flagelle, ont atteint leur destination, tout le monde y gagne – du moins du point de vue adaptatif.
Chez les hommes engagés dans une relation monogame, les spermatozoïdes les plus récents sont plus féconds que les mi-frais. Et chez ceux qui couchent avec une femme ayant récemment eu des rapports avec un autre homme – ou plusieurs –, c’est l’équivalent d’envoyer ses meilleurs éléments affronter la concurrence. En outre, les spermatozoïdes les plus jeunes survivent plus longtemps dans l’appareil reproducteur féminin : leur avantage en matière de fécondité et de compétition se prolonge donc d’autant.
La purge des vieux nageurs
Sans vouloir être vulgaire – je sais, je ne vous la fais pas –, une ingénieuse étude s’était penchée sur le contenu du « reflux » féminin après un rapport sexuel. Le terme désigne exactement ce que vous imaginez. Plus la dernière éjaculation de l’homme remontait à loin, plus ce reflux contenait de spermatozoïdes, ce qui indique que le corps de la femme favorise la rétention des spermatozoïdes frais.
Bref, revenons à la masturbation, et donc à nos moutons. (Au passage, vous autres Français disposez d’un vocabulaire particulièrement riche pour désigner la chose ; mon expression préférée reste « épouser la veuve poignet ».)
Sachant que les spermatozoïdes vivent entre cinq et sept jours et qu’un homme en produit la somme vertigineuse de quatre-vingt-cinq millions par jour et par testicule, cela fait une quantité considérable de vieux et médiocres spermatozoïdes à trimbaler. La masturbation fonctionnerait donc comme une forme de purge adaptative : évacuer l’ancien pour laisser place au neuf. La qualité plutôt que la quantité.
Haro sur « la veuve poignet »
Les chiffres racontent la même histoire. Dans l’article original de Baker et Bellis, les étudiants interrogés déclaraient se........
