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La peur du garçon pas comme les autres

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03.05.2026

Comme toutes les semaines, le chercheur en psychologie Jesse Bering décortique une étude sur la sexualité.

Un jour, quelque part au beau milieu des États-Unis et dans cette torpeur cotonneuse qui suit les vols où l’on traverse la moitié de la planète pour une conférence universitaire depuis longtemps tombée aux oubliettes, je me suis traîné hors de l’avion avant de filer vers les toilettes les plus proches que me proposait l’aéroport.

Une zone subliminale de mon cerveau avait peut-être déjà flairé l’anomalie – un endroit trop propre, de discrètes notes de jasmin et de vanille, pas le moindre urinoir –, mais, honnêtement, ce n’est qu’après avoir remonté ma braguette et quitté la cabine pour me retrouver nez à nez avec une femme, rien de moins, que j’ai pris toute la mesure de mon impair.

Je vous parle d’un temps bien avant que les débats sur les toilettes pour personnes transgenres ne viennent enflammer le sujet, mais j’avais tout de même désespérément envie d’expliquer que je n’étais qu’un professeur homosexuel distrait, sans la moindre intention de déviance. J’ai aussitôt compris que ce serait encore plus embarrassant. Je me suis donc borné à m’excuser abondamment pour cette méprise, avant de battre précipitamment en retraite.

Quoi qu’il en soit, c’est surtout le visage de cette femme qui m’est resté : un mélange de perplexité, d’agacement, de mépris et peut-être même d’un peu de peur. Je dois toutefois dire que je garde aussi le souvenir, légèrement étonné, des autres femmes occupées à se refaire une beauté devant le miroir, et que ma présence n’avait pas semblé troubler le moins du monde.

Que disent nos expressions faciales de nos attentes tacites en matière de respect des normes de genre ? Potentiellement beaucoup, répond la psychologue Karen Man Wa Kwan, avec ses collègues, dans une étude publiée l’an dernier dans Archives of Sexual Behavior. On peut très bien affirmer n’avoir absolument rien contre un homme en robe, une femme se jetant tête baissée dans un combat d’infanterie en première ligne ou, disons, un ahuri d’un certain âge égaré dans les toilettes pour femmes d’un aéroport bondé.

Ces réponses verbales « socialement acceptables » peuvent pourtant dissimuler des émotions plus profondes, en contradiction avec les opinions libérales que l’on professe. Les auteurs le formulent ainsi : « Les évaluations que nous portons sur des caractéristiques stigmatisées sont gouvernées par deux systèmes psychologiques : un système réflexif et contrôlé, et un système réflexe. Dans les déclarations verbales, le système réflexif domine et peut produire des réponses socialement désirables. Lorsque l’on recourt à des mesures non verbales pour évaluer les réactions implicites et non-délibérées des participants, le système réflexe peut prendre le........

© Le Point