menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Jolin-Barrette, la carte finale de Drainville

4 0
tuesday

J’étais de ceux qui croyaient que Simon Jolin-Barrette aurait dû se présenter à la chefferie de la CAQ.

C’était à mon avis le meilleur candidat pour diriger ce parti : il a le nationalisme qui manque à Christine Fréchette, et la rigueur qui manque à un Bernard Drainville trop souvent démagogue, ce qui n’enlève rien à ses qualités, réelles et nombreuses.

Son héritage est double : il touche à la laïcité et à la défense de la langue française.

Chef de son parti, il ne l’aurait pas reconduit au pouvoir, il lui aurait peut-être évité l’extinction électorale.

Certes, ce n’est pas un chef charismatique à l’ancienne, comme Bouchard ou Parizeau, mais il a la rigueur intellectuelle pouvant séduire un électorat qui en a assez des slogans.

Quoi qu’il en soit, il ne s’est pas présenté, mais il a décidé de dire pour qui il voterait, en apportant son soutien à Bernard Drainville, censé représenter l’aile identitaire et nationaliste dans cette course.

Il arrive tard. Ou peut-être au bon moment, dans la dernière ligne droite de la course, alors que Bernard Drainville a un petit momentum, essentiellement grâce à sa performance dans les débats, quand on a vu devant nous le choc entre une technocrate et un populiste — et j’utilise ces deux termes sans qu’ils soient connotés négativement.

D’un coup, la préférence de l’establishment pour Fréchette s’est révélée pour ce qu’elle était : un réflexe de caste. Les puissants aiment conserver le pouvoir et n’en partagent des petits bouts que lorsqu’ils se sentent menacés.

La caste qui nous dirige aime le parler beige et plus encore tout ce qui tient le peuple loin de la vie politique. Bernard Drainville a décidé de parler à la frange de la population qui se sent exclue du modèle québécois : avec raison, car elle est de plus en plus étendue.

Mais on en revient à Jolin-Barrette : alors que Fréchette parle à l’establishment et Drainville à une base qui a migré au PCQ, le ministre de la Justice parle aux nationalistes autonomistes caquistes qui croient encore au pari de ce parti, ou du moins qui veulent faire semblant d’y croire.

Il n’est pas dit que son appui sera décisif, mais il envoie le signal que la candidature de Drainville est crédible et qu’on peut, lorsqu’on pèse dans ce parti, ne pas suivre le chemin « fréchettien ».

Si Drainville l’emporte, il essaiera évidemment de redresser la CAQ.

Mais que se passera-t-il si les nationalistes de la CAQ perdent le contrôle de leur parti ? Se diront-ils que le chemin autonomiste n’a mené nulle part et qu’il est temps pour eux de rejoindre la prochaine coalition bleue ?

Car l’essentiel demeure : l’autonomisme est cérébralement mort, le Québec n’a aucun avenir dans le Canada, et ceux qui disent le contraire racontent des sornettes idéologiques. Au mieux, nous pouvons négocier les conditions de notre déclin.

Et même cela, on ne nous le permet plus.


© Le Journal de Québec