Une constitution du Québec: oui et maintenant!
Je n’en finirais plus d’énumérer les occasions où l’idée d’une constitution du Québec a été évoquée dans notre histoire. Tous les partis ont jonglé avec l’idée à un moment ou un autre. Des politologues, des juristes, des élus, souverainistes ou non, ont évoqué ce rêve de voir les Québécois se doter d’un texte fondateur.
Il est possible, à l’intérieur de la Constitution canadienne, d’adopter un tel texte. Nous devinons que l’Île-du-Prince-Édouard risque peu de se prévaloir de cette possibilité.
Or le Québec se bat énergiquement pour défendre sa langue et sa culture. Les gouvernements de toutes les couleurs se sont relayés dans cet effort. Depuis la Révolution tranquille, l’idée d’une reconnaissance plus formelle de notre différence fut au cœur des débats politiques.
Les libéraux ont défendu la souveraineté culturelle et l’Accord du lac Meech. Le PQ a tout misé sur son projet de souveraineté, mais a même osé le beau risque. François Legault se retire après huit ans de politique autonomiste. Les débats du genre se poursuivront, les Québécois ayant toujours le dernier mot en démocratie.
Le fil conducteur de cette course à relais entre les partis, c’est l’idée profonde d’assurer la pérennité de notre « société distincte ». C’est là que le projet de constitution prend tout son sens.
C’est au nom de la raison d’État, plus grande que les partis politiques, que le projet de constitution qui est présentement devant l’Assemblée nationale doit être adopté avant l’été. Simon Jolin-Barrette a fait le travail, avec les meilleurs juristes de l’État québécois, pour colliger un texte solide.
Cette semaine, il a procédé à une série de modifications pour enlever la plupart des irritants soulevés par les partis d’opposition ou par des organisations. Cette clause, par exemple, qui aurait empêché un organisme vivant de fonds publics d’entreprendre des poursuites contre une loi du gouvernement.
Personnellement, je l’aurais appuyée chaudement, mais je comprends que des organisations syndicales et autres s’inquiétaient. La clause est retirée. Un compromis que je comprends pour rallier le plus grand nombre au projet qui doit être rassembleur.
Selon ce que j’ai pu voir, les partis d’opposition continuent leur obstruction systématique. Ils dénoncent le processus : fin de mandat, gouvernement usé, ce n’est pas le moment. Avec le départ de François Legault, certains s’interrogent même sur l’intérêt réel du prochain chef de la CAQ pour ce projet.
En admettant que le processus ne soit pas parfait, le texte est là, le Parlement siège. Ne pas l’adopter serait une terrible occasion perdue. Remettre à plus tard, au prochain mandat ? Aucune raison sérieuse.
Contrairement à Pierre Elliott Trudeau qui a jeté la clé pour modifier la Constitution canadienne, Simon Jolin-Barrette a eu la sagesse de garder simple le processus d’amendement. Si un futur gouvernement voulait la bonifier, il pourrait le faire.
Appel au sens du devoir de tous les partis. Tout bloquer maintenant relèverait de la paresse cynique ou de la partisanerie malvenue.
