Oser profaner notre sirop d’érable
Le sirop d’érable a fait les manchettes dernièrement parce qu’un producteur a fraudé ce délicieux trésor national en le coupant avec du sucre raffiné. Heureusement, on a les papilles fines. La supercherie a rapidement été découverte et l’escroc démasqué. Faut être assez inconscient pour penser frelater du sirop d’érable à notre insu. On le connaît trop bien, le goût du sucre de notre pays.
Ça risque de prendre un bout avant qu’il y en ait un autre qui s’essaye. Nos inquiétudes peuvent donc migrer ailleurs et les miennes logent désormais sur la production de cette année.
Avec le froid persistant de mars, dans le grand Montréal, la production est assurément en retard. Les espoirs sont minces pour rattraper le tout. La sève est légèrement capricieuse. Elle a besoin de cette alternance de nuits froides et de journées chaudes pour couler. La chaleur risque de tomber trop vite et de faire éclater les bourgeons.
Heureusement, la géographie du Québec est telle qu’on peut avoir espoir de se rattraper. Plus au nord, dans l’est, dans l’ouest, tout n’est pas encore perdu. Allumer des lampions, mettre le chapelet sur la corde à linge, les producteurs sortent l’arsenal de toutes les superstitions d’un autre temps pour se donner une chance de vivre une vraie bonne saison.
Parce que la réserve stratégique nationale est juste au-dessus de 25 % de sa capacité. Si l’année est moche, ce ne sera pas drôle tantôt. Partout, la demande pour le sirop d’érable est en hausse. Au Québec comme ailleurs.
Les producteurs sont plus motivés que jamais. La relève est là. La seule chose qui manque, c’est l’accès à la matière première : les érables en terre publique. Ceux-là que les gouvernements préfèrent garder pour l’industrie forestière. Il est temps qu’ils réalisent qu’un érable debout et entaillé est pas mal plus profitable pour tout le monde qu’un érable abattu dans un semi-remorque.
