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Chronique|«Corridart» aux yeux du présent Pierre Trudel

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26.05.2026

Sans préavis, dans la nuit du 13 au 14 juillet 1976, les autorités montréalaises démantèlent l’exposition Corridart, pourtant organisée avec leur accord le long de la rue Sherbrooke. Sourd aux appels du ministre québécois de la Culture pour que soient réinstallées les œuvres, le maire Jean Drapeau fait procéder à la destruction de ce que ses documents officiels désignent comme « divers échafaudages et objets hétéroclites ».

Actuellement, le Centre des mémoires montréalaises propose jusqu’au 18 septembre Corridart. L’exposition disparue en une nuit. On y reconstitue des éléments artistiques majeurs de cette exposition devenue mythique et on y met en lumière la censure dont elle a fait l’objet.

La destruction de Corridart est l’un des pires cas de censure de l’histoire canadienne. Stéphane Baillargeon parle de la « honteuse affaire Corridart » tandis que la professeure Mathilde Barraband, de l’Université du Québec à Trois-Rivières, rapproche l’événement des autodafés des années 1930. Le jugement Ayot c. la Ville de Montréal rendu par le juge Ignace-J. Deslauriers le 20 mai 1981 et rejetant le recours entrepris par les créateurs des œuvres démantelées, est révélateur de la culture juridique de l’époque. Il s’attache à la valeur esthétique des œuvres ; il ne traite pas de la liberté d’expression, et encore moins de la liberté artistique. Le juge écrit que « personne n’a vu de beauté dans l’exposition Corridart, pas même les experts des différents demandeurs ». Il va même jusqu’à se surprendre que ces experts « n’aient pas........

© Le Devoir