Le mammouth n’a pas perdu l’appétit
« En ce mois d’octobre, nous célébrons un jalon important ! » Dans un bulletin destiné à son personnel envoyé en octobre 2025, Santé Québec annonçait fièrement avoir franchi le cap des 1000 employés à son siège social. Remerciant ses troupes pour leur engagement, l’organisation présentait cette étape comme une « réussite collective ».
Voilà une manière bien singulière de mesurer le succès d’une organisation censée améliorer l’efficacité du réseau de la santé. Christian Dubé, son principal architecte, avait pourtant souhaité « une petite équipe agile » à la direction de Santé Québec. « Il ne faut pas qu’il y ait plus de fonctionnaires. » En mars dernier, ils étaient 1192.
Cette anecdote est révélatrice à deux égards.
D’abord, elle semble illustrer un travers des grandes bureaucraties : faire de leur propre croissance une fin en soi.
Ensuite, elle témoigne de la capacité de notre système de santé à absorber les réformes sans véritablement se transformer. Depuis cinquante ans, au Québec, on centralise, on décentralise, on crée de nouvelles structures, on les rebaptise, on les abolit… puis on recommence.
Dans le cadre de l’écriture de L’indomptable mammouth, j’ai rencontré des dizaines de ministres, de sous-ministres, de dirigeants, de médecins et de gestionnaires. Chacun avait sa recette pour améliorer la gouvernance, l’organisation et la performance du réseau.
Mais une chose m’a frappé : personne n’osait remettre en question les fondements mêmes du système. Comme si le modèle imaginé dans les années 1970 était gravé dans le marbre. C’est là, je crois, que se trouve le vrai problème de la santé au Québec.
Pour comprendre cette résistance au changement, revenons à la métaphore du mammouth. Elle n’a pas été choisie seulement........
