Chronique|Dureté sélective Emilie Nicolas
Si on veut être mieux outillé pour comprendre la remontée des intolérances et y résister, il est capital de mettre au clair comment les racismes et les discriminations systémiques fonctionnent. Un aspect mal maîtrisé — et pourtant central au problème — est la question de la dureté sélective.
Les enfants le comprennent d’emblée, et c’est souvent là que se situent leurs premières expériences de l’injustice. Dans un nombre incalculable de familles, vous avez un enfant dont on excuse les fautes et un autre que l’on punit plus sévèrement pour le même écart de conduite, voire une désobéissance moindre. À la maison comme à l’école, le « mouton noir » ou le « bouc émissaire » est l’enfant qui est puni plus durement, mais aussi celui dont on n’oublie pas les erreurs. On le surveille de plus près, si bien qu’on attrape un plus grand nombre de ses erreurs.
Les adultes qui transforment un enfant en bouc émissaire se défendront de l’injustice de leur comportement en pointant du doigt l’écart de conduite — le plus souvent réel — de l’enfant. Quel enfant (en fait, quel humain) ne fait pas d’erreur ? Le problème, c’est que la discussion sur la faute ne permettra jamais de mettre en lumière la disparité de traitement. C’est ainsi que les intimidateurs et les personnes qui adoptent des comportements discriminatoires se protègent.
Ce que je décris ne se limite ni à l’enfance ni aux dynamiques familiales ou scolaires. Une des meilleures manières de mesurer le profilage racial de la police serait de comptabiliser les personnes blanches que les agents........
