«Body surfer» contre l’autoritarisme
Plus jeunes, nous avions l’habitude de fréquenter les soirées où, devant une scène, des aficionados se retrouvaient pour faire éprouver à leurs chairs les joies de musiques féroces et éclatantes. Agglutinés comme des larves, goûtant la sueur des autres et foulant le sol en une danse robuste appelée slam, nous avions le plaisir de communier à un rituel dont la vertu était de nous obliger à dialoguer par le corps. Nos gestes brusques s’estompaient souvent en gestes tendres, car, avec la fatigue, il n’était pas anormal d’avoir à relever quelqu’un qui avait perdu pied, sauvant ainsi autrui d’un piétinement dont les marques n’auraient été visibles que le lendemain.
Mais ce qui par-dessus tout faisait notre joie était ce que nous appelions le body surfing, l’art de se laisser porter par la foule. À cette époque pré-11 Septembre, les agents de sécurité étaient souvent complices de ces vols planés. Ils nous aidaient à monter sur la scène afin que nous puissions accéder à la piste de décollage. Et puis, un jour, ces pratiques sont devenues de plus en plus proscrites. Elles étaient jugées trop dangereuses : comme ces buttes de neige et ces toilettes non genrées.
Quelle grâce ce fut à la fin décembre, lors des retrouvailles des Goules, ce groupe iconoclaste mené par l’inclassable Keith Kouna, de voir la foule en cohésion, en pleine solidarité, faire voguer abondamment les body surfers !
« La solidarité est un phénomène singulier. Il faut la vouloir et y adhérer pour qu’elle existe et,........
