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Le temps des euphémismes est révolu

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31.01.2026

« Bouge-toi, salope. » Ce sont les derniers mots qu’a entendus Marimar Martinez avant que l’agent frontalier ne lui tire dessus. Cinq fois. Avant de s’en vanter dans un texto graveleux. Trois mois avant Minneapolis. Avant Renée Good, avant Alex Pretti.

Bien avant qu’elles n’apparaissent sur le radar de l’opinion publique — notamment parce que deux citoyens blancs ont été abattus devant des caméras —, les agences frontalières et migratoires se démarquaient par leurs pratiques, s’illustrant par un « culte de la brutalité » selon l’historien Greg Grandin, une « culture de la cruauté » pour l’organisation No More Deaths, et un sentiment d’impunité. Dès 2014, Todd Miller soulignait les risques de leur croissance exponentielle et d’un véritable enkystement d’un État dans l’État. Il voyait juste.

En 2026, la police américaine de l’immigration (ICE) dispose d’un budget décuplé qui surpasse celui, cumulé, de toutes les institutions chargées du maintien de l’ordre aux États-Unis. La présidence actuelle a démultiplié la force de frappe de la gestion migratoire, en personnel déployé, en logistique, en armes et en munitions ; elle a réduit le temps de formation des agents et le contrôle des antécédents, et les campagnes de recrutement ont usé des codes véhiculés par les réseaux d’extrême droite, comme l’établit le Southern Poverty Law Center.

Les opérations de l’ICE et de la Border Patrol n’ont plus rien de périphérique : l’ensemble du territoire est désormais frontière. Les opérations migratoires s’inscrivent dans le registre de la guerre. En attestent le discours officiel sur le « terrorisme intérieur », le recours à des méthodes létales, le matériel utilisé, des outils généralement réservés aux unités........

© Le Devoir