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Le détroit de Schrödinger (et la mécanique quantique)

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09.05.2026

Il se dit que le peuple du sable (Hia C-eḍ Oʼodham) en serait l’auteur. Il y a mille ans, dans ce qui est aujourd’hui la réserve faunique de Cabeza Prieta, aux confins de l’Arizona, ils ont scarifié la patine sombre du désert : ils y ont laissé la longue silhouette d’un poisson — l’intaglio de Las Playas. Un géoglyphe géant, tourné vers le golfe de Californie, pointant vers l’eau (élément vital dans cet espace aride) de Hodai Ke:k.

Mais c’est plus qu’un vestige archéologique. C’est un lieu vivant, sacré, habité… au même titre que l’Organ Pipe Cactus National Monument, ou l’oasis de Quitobaquito et son exceptionnelle source d’eau douce, à quelques kilomètres à l’est.

Tout comme eux, il fait face à son effacement programmé. Une défiguration de cet écosystème fragile qui ne permettra pas seulement le prolongement du mur frontalier, mais aussi la réalisation d’une deuxième fortification. Parce que (cela fait longtemps qu’on le sait) les murs n’empêchent pas le passage : pour poursuivre le fantasme d’un hermétisme frontalier, il faut y adjoindre des capteurs, des caméras, des drones, de l’éclairage… et un deuxième mur, de toute évidence.

Désormais, les profits des entreprises qui ont misé sur les dividendes de la sécurité frontalière — Lockheed Martin, Northrop Grumman, General Dynamics, Raytheon/RTX, BAE Systems, L3Harris, Axon Enterprise — croissent avec constance. Ceux de Palantir, GEO Group, CoreCivic, Elbit Systems, OSI Systems et Anduril explosent.

Or, la semaine dernière, un contractant a labouré l’intaglio. Sans risque de sanction aucun, car les lois de protection de l’eau, de l’environnement et des cultures ont été suspendues localement. La zone est désormais militarisée, voire........

© Le Devoir