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Fermons le pipeline de l’itinérance

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Sonia Lombart et Benoit Bernier proposent d’intervenir de manière prioritaire auprès des jeunes ex-placés de la DPJ, car ceux-ci forment une proportion importante des sans-abri.

Le 26 mars dernier, la mairesse de Montréal pleurait devant les caméras⁠1. Deux hommes venaient de mourir dans des ressources communautaires censées les protéger. En 2024, 108 personnes en situation d’itinérance sont mortes au Québec. Un triste record.

James Hughes, PDG de la Mission Old Brewery, le dit clairement : attendre que les gens se retrouvent à la rue, ce n’est pas de la prévention, c’est du rattrapage. Depuis trop longtemps, nos réponses à l’itinérance s’installent en aval du problème : refuges, haltes-chaleur, équipes de terrain.

Des gestes absolument nécessaires, mais qui ne font que gérer ce que le pipeline continue de déverser. La crise du logement et la hausse du coût de la vie augmentent la pression dans ce pipeline chaque année. Tant qu’on ne s’attaque pas à la source, le flot va grossir.

La source, on la connaît

Certaines trajectoires vers l’itinérance sont documentées, prévisibles – et donc évitables. Les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale en sont un exemple douloureux. Mais il en est une autre qui nous préoccupe particulièrement : celle des jeunes qui sortent du système de la protection de la jeunesse. À 18 ans, souvent sans filet familial, sans logement assuré, sans diplôme, on les remet dans le monde et on espère que ça va aller.

Les données parlent d’elles-mêmes : près de 30 % de ces jeunes feront l’expérience de l’itinérance dans les deux premières années suivant leur sortie de placement.

Et aujourd’hui, le tiers des personnes itinérantes recensées au Québec affirment avoir été prises en charge par la DPJ.

L’État aura donc été leur premier filet de protection et, faute d’une sortie planifiée, le tremplin vers leur exclusion. Prévenir l’itinérance exige d’intervenir de manière prioritaire auprès des jeunes ex-placés.

Fermer le pipeline ne veut pas dire abandonner ceux et celles qui sont déjà dans la rue. Ça veut dire refuser de se contenter de gérer les crises en aval. Ça veut dire un plan de prévention structuré pour les populations à risque.

Des ressources d’hébergement et un soutien psychosocial spécialisé dès la sortie, pour tous les ex-placés de la DPJ qui en ont besoin. Une loi-cadre qui reconnaît la responsabilité de l’État – pas des programmes à la pièce qui soutiennent de manière précaire des organismes communautaires déjà à bout de souffle. Et des cibles mesurables, avec une vraie reddition de comptes.

Un appel direct aux décideurs

Le 12 avril prochain, le Québec se donnera une nouvelle première ministre ou un nouveau premier ministre. Quelques mois plus tard, tous les partis solliciteront notre vote.

Exigeons leur compassion. Exigeons leur engagement. Et rappelons-leur que gouverner, c’est choisir – et que choisir de ne pas prévenir l’itinérance, c’est choisir, à perpétuité, des pertes humaines et économiques irrécupérables.

Dans les prochains mois, exigeons de nos élus qu’ils s’engagent rapidement et concrètement – sans se réfugier derrière de nouvelles commissions spéciales, sans commander d’autres rapports qui dormiront sur des tablettes pendant que des gens sombrent dans la rue. L’itinérance ne veut plus de sympathies. Elle veut des budgets, des lois et des structures.


© La Presse