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Cri du cœur du fondateur des grands festivals montréalais

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02.03.2026

Le fondateur des grands festivals montréalais, Alain Simard, réplique au professeur de HEC Montréal François Colbert, qui a dénoncé dans une lettre⁠1 les subventions aux promoteurs de festivals liés au géant du divertissement américain Live Nation.

Ayant été le concepteur de ces grands évènements et instigateur de la place des Festivals qui ont fait de Montréal « LA ville des festivals », permettez-moi de dénoncer les affirmations hostiles de François Colbert à l’endroit de mes « bébés » dans La Presse, où il reprend des propos que je conteste tenus par Patrick Kearney dans l’émission Enquête – Voler le show, tels que rapportés par Mario Girard⁠2.

Dès 1980, j’ai lancé avec mes partenaires de l’Équipe Spectra le FIJM, les Francos, Montréal en Lumière et Nuit blanche, en décidant d’en faire des organismes sans but lucratif avec la mission de démocratiser la culture et afin qu’ils servent de tremplin pour nos artistes avec leurs spectacles gratuits.

Comme nous gagnions alors notre vie en produisant des spectacles qui pouvaient remplir les salles, nous voulions que leur programmation ne soit jamais dictée par la profitabilité afin de faire découvrir des musiciens méconnus.

Les Montréalais ont adopté nos manifestations culturelles avec un tel enthousiasme qu’elles sont devenues les plus importantes au monde dans leur domaine.

En amalgamant ces festivals à but non lucratif aux activités de Live Nation et Ticketmaster, certains les présentent faussement comme des machines à profit associées à des milliardaires qui s’en serviraient pour piger indûment dans les fonds publics ! Je suis atterré de voir la crédibilité et la réputation de ces vaisseaux amiraux de notre paysage culturel injustement ternies.

Des surplus réinvestis dans la mission

Bien que Live Nation ait pris récemment une participation minoritaire dans evenko, ces évènements à but non lucratif demeurent toujours de véritables entités juridiques à 100 % québécoises, dont tous les surplus doivent être réinvestis dans leur organisation afin de réaliser leur mission.

Il est donc faux de prétendre que cette entreprise américaine ait pris une participation dans les Francos et le Festival de jazz, ou pourrait les contrôler ou en tirer profit par un quelconque tour de passe-passe.

Et que dire de Montréal en Lumière avec son conseil d’administration indépendant ayant entériné, tout comme la SODEC, les modalités et l’intégrité du contrat de maîtrise d’œuvre qui lie ces festivals depuis leurs débuts à l’Équipe Spectra (au taux fixe de 5 % de leur budget) et du Code d’éthique qui régit leurs transactions entre compagnies apparentées ?

Contrairement aux dires de M. Colbert, leurs programmateurs présentent rarement des artistes gérés par Live Nation et n’ont aucun lien avec Ticketmaster puisque leurs spectacles payants sont vendus par les billetteries des multiples salles louées, la Place des Arts et le MTelus utilisant déjà cette entreprise à l’année.

Leurs subventions, tirées de fonds dédiés vérifiés par les organismes subventionneurs, sont versées directement aux OBNL – et non à leurs promoteurs – pour financer spécifiquement l’aménagement et la sécurité du site, leur promotion touristique et leurs activités gratuites générant des retombées économiques et des emplois quantifiables. Aucun profit des OBNL ne pourrait donc remonter aux entreprises qui gèrent ces festivals, les faisant plutôt bénéficier d’économies d’échelle et d’une expertise éprouvée.

L’Équipe Spectra s’est même retrouvée à prendre en charge leurs déficits accumulés atteignant plusieurs millions en raison de coupes drastiques du gouvernement Harper et la perte de revenus autonomes dans le Quartier des spectacles. C’est alors que Geoff Molson et le Groupe CH se sont portés acquéreur de l’Équipe Spectra et du Métropolis en 2013, en s’engageant à poursuivre la mission des festivals sans but lucratif en gestion et à résorber graduellement leurs déficits. Je les remercie au nom de tous les Montréalais.

Assurer la pérennité des grands festivals

Il existera forcément toujours un problème structurel de financement avec ces évènements qui sont devenus le symbole de Montréal sans pouvoir se financer avec un prix d’entrée et la vente exclusive de boissons et de souvenirs. Leur immense popularité a beau apporter l’appui majeur de grands commanditaires, ce ne sera jamais suffisant pour couvrir tous leurs coûts. C’est pourquoi les gouvernements doivent compenser ce manque à gagner avec les retombées fiscales nouvelles des milliers de touristes étrangers venus spécifiquement pour y assister.

Si on cessait de subventionner le volet gratuit de ces festivals comme le demandent candidement François Colbert et Patrick Kearney, ce serait signer leur arrêt de mort et sacrifier leur formidable impact culturel, social, économique et touristique pour Montréal.

Tous ceux qui ont à cœur notre culture et la « découvrabilité » de nos artistes doivent réaliser que sans aide de fonds publics, ces festivals ne pourraient survivre qu’en déménageant sur un site fermé accueillant au mieux une dizaine de milliers de participants fortunés par jour, prêts à payer pour une programmation certainement moins audacieuse et plus commerciale.

Ce serait alors la fin du « village utopique » dont je rêvais depuis ma jeunesse hippie, sans barrières de langues, de races ou de religions, où des centaines de milliers de personnes de toutes origines et générations se côtoient, se parlent, dansent ensemble « en communiant à l’autel de la musique ».

Qu’est-ce qu’une réplique ?

La Presse peut accorder un droit de réplique à une personne ou un groupe visés par un article, une chronique, une lettre ou un éditorial, afin de permettre à cette partie de présenter sa perspective sur les faits exposés dans le ou les textes en question.


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