Et si la lecture redevenait une affaire de cœur, pas de devoir ?
J’ai perdu le goût de lire au secondaire. Je m’en souviens encore : les romans imposés, les fiches de lecture à remplir, les analyses de personnages. Tout ce qu’on attendait de moi, c’était de comprendre, pas d’aimer. Lire était devenu une corvée. Il m’aura fallu attendre après l’université pour renouer avec la lecture, la vraie : celle qui nourrit, qui transporte, qui surprend, qui émeut, celle qu’on ne veut pas lâcher avant la dernière page.
La lecture n’a jamais été aussi nécessaire… ni aussi fragile. Paradoxe de notre époque : nous n’avons jamais autant produit de mots… mais jamais aussi peu lu. Les chiffres récemment publiés dans La Presse1 en témoignent : les jeunes lisent de moins en moins. On blâme les écrans et les réseaux sociaux. Et si le problème venait aussi de la façon dont on présente la lecture, dont on la vit ?
La lecture n’est pas qu’un passe-temps ; c’est une porte d’entrée vers le langage, la pensée, l’imaginaire. Une étude américaine marquante, The Million Word Gap2, a montré que les enfants à qui on lit régulièrement entendent jusqu’à un million de mots de plus avant leur entrée à l’école que ceux à qui on ne lit jamais d’histoire. Ce n’est pas un simple écart : c’est un fossé linguistique et cognitif.
Et ce n’est pas seulement la quantité de mots qui change : c’est aussi leur qualité.
Il y a plus de mots rares dans les livres pour enfants que........
