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Le bien commun n’est pas l’intérêt général, expose Pierre-Yves Gomez dans sa chronique mensuelle. Il nécessite « une vision préalable de ce qui relie ses parties prenantes ».

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27.02.2026

Le bien commun, une exigence politique

La notion de bien commun est souvent confondue avec celle d’intérêt général. Le bien commun désigne les conditions sociales permettant à chaque personne et à toutes de trouver les moyens de leur accomplissement. En préalable à la recherche de solutions, les parties prenantes doivent se sentir déjà solidaires les unes des autres et engagées dans une communauté de destin qu’il s’agit de conforter par leurs décisions.

La grève des médecins libéraux du mois de janvier dernier offre une bonne illustration de la distinction entre bien commun et intérêt général. Pour le montrer, regardons l’opposition des médecins à la pression des pouvoirs publics pour réduire la prescription des arrêts de travail du fait de leur coût croissant pour l’assurance maladie. La dépense d’indemnités journalières maladie a augmenté de 60 % en 10 ans.

Pour les médecins, une limitation de leur latitude de prescrire de tels arrêts au nom de l’impératif budgétaire porte atteinte à la nature même de leur service : face à un patient en souffrance, il leur appartient d’évaluer si son état de santé est compatible avec la poursuite de son activité professionnelle. D’autant que, pour le travailleur, le recours aux médecins est parfois l’ultime manière de se préserver de conditions de travail pathogènes.

Mais les entreprises constatent que des recours à l’arrêt de travail de convenance permettent aussi à certains collaborateurs de se dérober aux exigences normales de l’organisation du travail. C’est même une manière de gérer leur rythme de vie d’autant plus aisément que le coût est invisible, puisqu’il est pris en charge par la collectivité.

Or, pour les syndicats, là réside précisément le problème. Une organisation du travail dysfonctionnelle au point de générer des pathologies et des arrêts de travail, notamment de longue durée, est financée par l’assurance maladie, ce qui laisse perdurer les mauvaises pratiques.

Une vision plus exigeante

Devant ces appréciations divergentes, les pouvoirs publics invoquent l’intérêt général dont ils sont les garants et qui exige l’équilibre durable des comptes sociaux. Ils envisagent de durcir le contrôle des arrêts. Ainsi, sous la contrainte du pilotage budgétaire, les parties prenantes modifieront leurs pratiques au mieux de leurs intérêts propres.

Le souci du bien commun appelle une autre démarche. Il nécessite une vision préalable de ce qui relie ces parties prenantes : en l’occurrence, un système de santé juste pour garantir une couverture des risques de maladie, et efficace pour éviter les abus. Chacun peut alors apprécier les arguments des autres, chercher comment ils servent le projet commun et inviter à des pratiques plus vertueuses à définir ensemble.

Le renversement de perspective vient de ce que chacun se reconnaît coresponsable du projet social, au lieu d’en déléguer la charge aux seuls pouvoirs publics. On assume alors de former une communauté politique avant toute recherche de solutions. Chose exigeante mais souhaitable pour renverser les logiques qui fragmentent la société.

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© La Croix